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4-public  Sexting et lois contre la pédophilie

par Eric , jeudi 28 janvier 2010 à 06:58 :: Cogiter :: imprimer précédent suivant

Quand la loi condamne ce qu’elle ne condamne pas, le monde perd de sa clarté...

Article sur un blog de Libération : le Sexting (envoyer des textos avec des photos à caractère sexuel [souvent dans le but d’exciter un partenaire éloigné]) expose les personnes à des châtiments divers et variés.

Cela peut sembler surprenant : si j’envoie volontairement une photo érotique (ou plus chaude encore !) à un partenaire sexuel, je serais bien surpris d’être condamnable de quoi que ce soit.

Bon, je serais bien marri si cette même photo se retrouve en public sur son facebook, pire encore si mon nom y est associé, mais je sais aussi que si je commence à diffuser une image de moi j’ai intérêt à l’assumer...

Bref, en tant qu’adulte, je peux être surpris une première fois mais je vais très vite définir quelles sont mes limites et les risques que j’accepte (ou pas).

Les choses se compliquent quand on parle d’adolescents. Si ma fille, par jeu, envoie une photo un peu (très ?) osée d’elle-même à son copain, elle prend des risques.

Les règles et les lois sont telles qu’elle pourrait (en France, si j’ai bien compris l’article) être condamnée à cinq ans d’emprisonnement et jusqu’à 75000 euros d’amende. Au nom de la lutte contre la pédophilie et contre la pédopornographie.

Pire encore si elle a plus de 16 ans, qu’elle a un amant de plus de 18 ans, qu’elle a des relations sexuelles avec lui, et que tout cela se passe dans un cadre respectueux des lois et des droits de chacun. Mais si elle envoie cette photo érotique à son amant, il risque de devenir un criminel puisqu’adulte possédant des photos sexuelles d’un mineur. C’est elle qui envoie (librement) la photo, c’est lui qui va en taule. D’après les commentaires sur cet article, cela arrive d’ors et déjà.

Au delà du délire juridique que cela représente, et au delà même de la question sur "cette liberté sexuelle est-elle bonne ou pas pour nos enfants", je crois qu’avec ce type d’application des lois, nous faisons une grosse connerie.

Les lois sur la pédophilie et la pédopornographie ont été créées pour remettre du cadre là où on en manquait : elles réaffirment qu’un enfant n’est pas un objet sexuel, et que l’adulte est toujours celui qui est chargé de veiller à la protection d’un enfant, y compris contre lui-même si nécessaire. Elles réaffirment que même s’il semble consentant, un enfant de moins de 16 ans n’a pas la maturité et l’expérience nécessaires pour être donner un consentement éclairé, et que c’est à l’adulte de savoir que la réponse est non même quand elle semble être oui. Les lois réaffirment aussi que l’image sexualisée d’un enfant est un détournement inacceptable et une violence condamnable.

Bon.

Mais justement ! Pour que ce cadre fasse sens et qu’il soit un repère et une référence, pour que qui que ce soit puisse s’en servir en cas de doute, il est nécessaire que les choses soient bien clairement séparées : d’un côté ce qui est condamné, et de l’autre ce qui est accepté.

Si mon fils de 14 ans envoie une photo de lui à sa copine, il peut l’indisposer, mais il ne devient pas commerçant d’images pornographiques de mineurs et elle ne devient pas pédophile !

Et si la loi les confond avec ces criminels, alors la loi envoie un message particulièrement ambigü : si un pédophile peut n’être qu’un gamin qui jouait à s’exciter avec sa copine, alors un pédophile est un gentil qui est condamné à tort par une méchante loi. Et donc c’est pas grave, la pédophilie ou la pornographie, c’est juste les vieux qui font tout un plat de pas grand-chose (comme disent certains jeunes).

J’ai lu il n’y a pas très longtemps que des parents anglais devaient faire la preuve qu’ils n’étaient pas pédophiles avant de pouvoir accéder à des lieux où étaient des enfants. Et que dans ce cadre-là, avoir une photo d’un bébé tout nu sur la table à langer était hautement suspect.

Une photo de bébé nu ne signale pas nécessairement le gros pervers vicieux qui l’aurait violé à chaque changement de couche ; la photo d’une fille à poil ne dénonce pas non plus le salaud libidineux qui l’a matée et filmée en douce.

J’ai combattu pendant des années la confusion entre homosexualité et pédophilie (oui, Madame, le fait que l’instit de votre fils soit pédé ne veut pas dire qu’il va lui sauter dessus, promis !). Mais là où je pensais qu’il s’agissait de confusion (un homo aime les hommes, un pédophile aime les enfants) et de bêtise (l’autre est différent, il est mauvais), je me rends compte que c’est plus profond que ça.

Je crois que nous vivons dans un monde qui perd ses repères à force de vouloir des choses trop normées : imposer une norme de comportement nécessite de caricaturer les attitudes et de simplifier les évaluations.

Mais c’est au contraire quand nous voulons poser des cadres que nous devons rester dans la conscience de la complexité de nos motivations, de nos actions, et dans l’humanité de nos regards sur nous-mêmes.

Sommes-nous capables de relever ce défi à l’heure des caméras de surveillance omniprésentes, à l’heure des lois sur la burka, à l’heure de la lutte "à tout prix" contre "le terrorisme", à l’heure d’Hadopi et d’ACTA ? Quel prix, quelles contraintes, quelles limitations acceptons-nous au nom de ces lois émergentes, qui semblent au départ pleines de bonnes intentions (défendre les femmes, les auteurs, les enfants...) mais dont l’application ne cesse de grignoter un certain nombre de droits fondamentaux ?

PS. Allez, je résiste pas. Prenez l’exemple de la loi sur la Burka. Je comprends la question : je crois que pour accepter de s’enfermer derrière un tel voile, il faut avoir une bien mauvaise image de soi (il faut qu’un système l’ait détruite), je crois que même quand elles adhèrent à leur voile, certaines femmes ne font qu’adhérer leur oppression pour y survivre (comme certains gays sont homophobes pour survivre dans un milieu répressif). Je crois qu’en effet il y a du respect de ces femmes à dire que leur burka est une prison et que cette prison peut être insupportable. Mais faire une loi qui prévoit des contrôles de police dans la rue, c’est à mon sens du délire : on ne peut pas, humainement, prétendre tendre la main à quelqu’un en lui collant les flics au cul de cette façon. Si ces femmes sont victimes, elles ne sont pas criminelles, et si elles ne sont pas criminelles, ne les criminalisons pas !

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