Visiteur non identifié. Spherick
« Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide »faux A. Einstein, mais joli
Jan
Fév
Mar
Avr
Mai
Jui
Jui
Aou
Sep
Oct
Nov
Déc
Accueil > Blog Eric > Hobbies > Politique > Abuser en dénonçant l’abus

Public  Abuser en dénonçant l’abus

Ou comment en dénonçant le sexisme on en devient discriminatoire et sexiste...

samedi 21 mai 2011, lu 60 fois

Sur LeMonde.fr, ce matin, il y a un article intitulé "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent", un appel lancé par des associations, Osez le féminisme et La Barbe. Je me sens globalement en accord avec la teneur de ce qui est dit. Assister à une remontée des propos sexistes à l’occasion d’une suspicion d’agression sexuelle est inacceptable. Totalement.

Il y a cependant deux phrases que je regrette et avec lesquelles je suis en désaccord. LeMonde réserve les commentaires à ses abonnés, c’est donc ici que j’exprime ces 2 réserves.

D’abord, la phrase "Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination". Elle est fausse, il y a bien d’autres cas de discrimination dont la violence est minimisée. J’en vois personnellement deux. D’une part la violence faite aux immigrés : la situation politique en ce moment rend plus acceptable des discours xénophobes, racistes, excluants, dévalorisants. Les Roms sont présentés comme des profiteurs, mal-venus et éjectables. Les Tunisiens libérés de leur dictateur pareil. Par ailleurs, l’homophobie est aussi excusée trop souvent, quand la victime "en fait tout un plat" dit-on. Quand on se fait injurier dans la rue ("sale pédé", "rallumez les fours", "je vais les nettoyer au lance-flamme",...) et que la société vous renvoie un "c’est pas très grave, y’a pas mort d’homme" (les mêmes mots que pour les viols...), ou qu’un gamin est jeté de chez lui par ses parents qui ne veulent plus de la petite tarlouze (la pression existe ici aussi pour subir un acte enfermant et soumettant). Enfin, quand un homo se fait tabasser dans la rue, certains lui reprochent un comportement "provocateur"... Les rouages sont les mêmes et la violence faite aux femmes n’a pas l’apanage de la violence faite à l’autre en raison de ce qu’il est ou de ce qu’elle est. Ceci ne diminue en rien l’horreur de la violence faite à une femme, bien évidemment, mais veut replacer les choses en perspective.

La seconde phrase qui me dérange est la suivante : "75 000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes". Cette phrase est d’une part un constat, clairement, mais un constat présenté sous une forme manipulatrice. On parle ici des femmes violées. Et uniquement des femmes violées. Quid des enfants et des hommes ? Eh oui, les femmes aussi violent. Oui, les violeurs sont très majoritairement des hommes. Mais tous les hommes ne sont pas des violeurs, et toutes les femmes ne sont pas des victimes. Il y a de bonnes personnes parmi les hommes, et il y a des violeuses parmi les femmes. Occulter que la question est d’abord l’agression d’un être humain par un autre humain (quels que soient leurs sexes biologiques, leur identité de genre, ou leurs orientations sexuelles), c’est placer le discours à un endroit qui enferment les uns dans le rôle d’agresseur et les autres dans le rôle de victime. Cette phrase fait injonction aux femmes et aux hommes, et au lieu de poser l’inacceptabilité d’un acte en soi, elle pose le débat dans la colère et la vengeance, la haine d’un sexe "victime" contre l’autre "bourreau". Je le regrette. Non, "les hommes" ne sont pas des bourreaux. Et nier qu’ils sont aussi parfois des victimes, c’est faire exactement, au mot près, la même violence que celle qui est dénoncée dans l’article : on passe ces crimes-là sous silence parce qu’ils dérangent le discours simpliste. J’ai connu des féministes qui refusaient de parler des hommes victimes car elles avaient peur que ce débat élargi masque le débat qui leur tenait à coeur et le dilue. Je comprends cette peur, et il me semblerait inacceptable qu’on cesse de prendre en compte (et de lutter contre, évidemment) les souffrances des femmes victimes de viol. Mais effacer d’autres violences au profit de celle-ci, qui serait alors posée comme unique violence regardable et dénonçable, c’est se mettre à son tour dans le rôle de bourreau, de complice, contre les victimes d’autres violences.

Je refuse de me faire complice de quelque violence que ce soit.

Vous pouvez noter cet article, lu 60 fois
0 vote


Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.