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Public  Tentative de meurtre (?) sous nos fenêtres

Bagarre de rues, fait divers mais sacrément violent

mercredi 13 juillet 2011, lu 82 fois

J’étais tranquillement en train de bosser...

Soudain, de grands cris dans la rue... C’est assez habituel : les "sale fils de pute", "sale enculé", "pédé" et autres mots "doux" fusent très régulièrement dans la fureur des jeunes du quartier.

Mais là, les clameurs, les hurlements étaient particulièrement violents.

J’ai jeté un oeil par la fenêtre, et j’ai vu les gens regarder, horrifiés, dans la rue d’à côté... J’ai chopé le téléphone (appeler la police... les secours... c’est devenu un réflexe) et j’ai file dans "le studio" qui donne sur cette rue.

Quand je suis arrivé, un jeune homme était à terre, couvert de sang. Un autre l’enrobait de son corps, pour le protéger. Dix personnes hurlaient autour : arrête ! ça suffit ! stop ! tandis qu’un mec en pleine crise de violence foutait quelques coups de pieds à la victime et à son protecteur... il gueulait, je ne sais plus quoi...

Le protecteur, dos arrondi contre les coups, essayait d’épargner les bouts du corps de la victime qui dépassaient et prenaient encore des coups...

Au bout de quelques secondes, l’agresseur et les gens qui tentaient de l’arrêter s’est éloigné, je pense qu’il avait un tesson de bouteille à la main, en tout cas il a violemment jeté quelque chose qui s’est explosé au sol dans un bruit de verre.

Les passants se sont approché, je tentais d’appeler le 17, mais dans le stress de l’instant, j’étais même pas sûr que ce soit bien le numéro de la police... J’ai appelé le 15, le numéro du Samu, je le connais !!! Une femme m’a répondu, j’ai demandé une ambulance d’urgence pour un blessé, elle m’a demandé si j’étais près de lui, non j’étais à la fenêtre... D’où venaient les blessures ? Aucune idée, le mec pissait tellement le sang que j’étais incapable de distinguer où étai(en)t la (les) blessure(s). Elle m’a demandé de m’identifier, puis m’a dit qu’elle envoyait une ambulance et les pompiers....

Les gens dans la rue criaient que les flics étaient prévenus, qu’ils arrivaient.

Le temps, soudain, s’est ralenti... Le protecteur soutenait la tête de son ami allongé, lui parlait, lui disait de tenir le coup... Lui aussi était couvert de sang, le sien ? celui de l’autre ? aucune idée...

L’attente a été rude. Il y avait peut-être 30 ou 40 personnes massées dans la rue. Attendant, comme moi, autour du protecteur attentionné qui murmurait des paroles indistinctes...

Les flics sont arrivé en premier. Voiture banalisée, blanche. Un nouveau cri a jailli, quelque chose comme "voilà les cops" et la foule s’est volatilisée en une seconde... Les policiers sont allés parler au(x) blessé(s). Les pompiers sont arrivés, suivis de près par l’ambulance. L’efficacité est entrée en scène avec eux : ils ont enfilé des gants, et en quelques secondes, les poches de plasma, de sang, les bonbonnes d’oxygène étaient autour du blessé ; l’autre a pu se relever, apparemment indemne. Les soignants ont ausculté le blessé, le retournant et le palpant pour identifier toutes les plaies, et chercher d’éventuelles fractures. En moins d’une minute, ils ont posé une minerve autour du cou du blessé, ont amené un drap, l’ont glissé sous le blessé, puis ont fait de même avec un truc en plastique muni de poignées, ont replié le tout sur le mec et l’ont soulevé à quatre pour le poser sur un brancard qui s’est engouffré dans la camionnette des pompiers. Ils ont dû l’examiner de nouveau, car la voiture est restée encore dix bonnes minutes...

Un quatrième véhicule est arrivé, marqué "SDIS Isère" ! Il a fallu que je cherche sur Internet pour découvrir que c’est le Service Départemental d’Incendie et de Secours... Les pompiers, quoi ?!

Les jeunes du quartier ressassaient la scène : "il l’a pris par le cou et lui a planté la bouteille", "il est passé tout à l’heure en faisant coucou de la main"... Un prénom sortait, vite étouffé, si vite que je n’ai pas réussi à le comprendre. Mais visiblement, pas mal de monde sait qui est l’agresseur.

J’ai toujours cru que quand on voyait un mec s’en prendre à quelqu’un on pouvait le reconnaître. Ce soir, j’ai appris que non : j’ai gardé en mémoire une ombre noire, puissante, violente, mortelle, mais je n’ai aucun souvenir d’autre chose. J’étais sidéré par le blessé, les yeux fixés sur le sang, halluciné de voir le coup de pied qui arrivait. J’étais incapable, totalement incapable, de détacher mon regard de la victime. Une part de mon cerveau me criait d’appeler la police, là maintenant tout de suite avant qu’il ne le tue, mais je n’arrivais pas à bouger. Figé. Je n’ai retrouvé ma liberté de mouvement qu’en voyant l’agresseur s’éloigner... J’ai donc appelé la police, mais ça sonnait occupé : le standard était sans doute surchargé des appels des gens qui avaient des réflexes plus rapides que les miens. Par contre, j’ai été le premier à appeler le Samu : l’évidence était qu’il fallait aider le blessé avant, bien avant, de penser à arrêter l’agresseur.

J’ai aussi appris à quel point l’attitude du protecteur m’a touché : je ne sais pas du tout si je serais capable d’en faire autant... Le voir rester jusqu’à l’arrivée de l’ambulance, parler calmement aux policiers, encourager et soutenir son ami, c’était grand, juste grand. Félicitations, jeune inconnu...

Je savais qu’une partie de la population du quartier a des fortes tendances à la violence : il ne se passe pas une soirée sans coup de gueule, menaces, tentatives d’en découdre arrêtées par les amis présents, qui éloignent les belligérants. Mais de là à planter un mec, à tenter de le tuer, il y avait un pas que je n’avais pas encore vu franchi.

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