Visiteur non identifié. Spherick
« On peut toujours être en accord avec les autres, il est plus difficile d’être en accord avec soi-même »M. Wing [Gremlins 2 !]
Jan
Fév
Mar
Avr
Mai
Jui
Jui
Aou
Sep
Oct
Nov
Déc
Accueil > Blog Eric > Psychomagie > Aller vers soi > Moi > Ce que j’ai

Public  Ce que j’ai

Je viens de réaliser que je perçois ma vie sous l’angle de ce que je voudrais avoir et pas de ce que j’ai

vendredi 30 décembre 2011, lu 121 fois

C’est une évidence idiote : pour être heureux, il est plus simple de se réjouir de ce qu’on a plutôt que de passer son temps à pleurer ce qu’on a pas.

J’ai toujours trouvé ce genre de phrase doublement idiote : d’abord elle exprime une évidence tellement basique, et ensuite c’est bien gentil, mais quand on manque de quelque chose, comment faire pour ne pas être dans le manque ?

Et puis, ce matin, je ne sais pas pourquoi, quelque chose change.

Je ne sais pas le définir précisément. C’est comme une vision, une sensation : je regarde ma vie et je vois devant moi tout ce qui me manque. Dans mon dos, il y a tout ce que j’ai. Et là, soudain, l’émotion, c’est : mais pourquoi je regarde que ça ? Pourquoi diable je regarde pas de l’autre côté ? Pourquoi je me fais du mal à regarder des regrets, des doutes, des manques, au lieu de chérir des bonheurs, des liens, des joies ?

J’ai toujours cru que "regarder ce qu’on a et pas ce qui manque", ça voulait dire "oublier ce qui manque", et je savais pas oublier.

Je réalise que ce n’est pas "effacer ce qui manque", c’est plutôt quelque chose comme "ok, ceci, ça me manque, j’aimerais l’avoir, mais j’ai cela qui m’apporte de la joie".

Tout s’était joué comme si, par peur d’oublier un manque, j’avais choisi d’oublier un bonheur. Et qu’en oubliant ces bonheurs, j’avais choisi - inconsciemment, presque involontairement - de surtout sentir le malheur.

Un jour, une amie m’a dit "en cherchant à aller mieux, tu creuses dans tes problèmes, il faut arrêter de creuser, parce que quand on creuse, on ne voit plus le soleil, et on va mal". Je crois qu’elle se trompait. J’avais réagi à l’époque en disant qu’elle regardait un lampadaire en voulant se convaincre qu’elle voyait le soleil. Je crois toujours ça.

Mais je crois aussi maintenant qu’il m’est devenu possible de regarder le soleil tout en sachant qu’il reste des choses à creuser, que tout n’est pas réglé, que tout n’est pas parfait, que tout n’est pas réparé. Mais pour en arriver là, il fallait bien creuser, creuser jusqu’à faire un petit trou à travers ces difficultés qui occultaient le soleil.

J’ai fait un long travail sur moi. Il y en avait des choses à réparer ! Des souffrances à alléger. Des douleurs à expurger. Des abcès à percer. Je me suis confronté à pas mal de tout ça. Retrouvé le petit garçon effrayé, solitaire, triste qui vit encore en moi. Ce petit garçon qui croyait qu’on ne l’aimait pas, qu’on ne pouvait pas l’aimer, qu’il lui manquait quelque chose pour être aimé, quelque chose de mystérieux, d’incompréhensible. Ce petit garçon qui regardait les autres, impuissant à trouver ce qui manquait.

J’ai senti qu’il lui avait manqué un jumeau disparu trop tôt, qu’il lui avait manqué de s’intéresser aux filles comme les autres garçons (ou plus précisément, qu’il lui avait manqué un environnement qui aurait accueilli simplement le fait qu’il s’intéressait aux garçons), qu’il lui avait manqué le droit d’être doué ("droit" au sens, là aussi, d’acceptation simple, d’accueil, au lieu du rejet et de l’exclusion, des moqueries et des coups). Il lui a manqué le repos des émotions, en bon surdoué il était branché sans arrêt sur les douleurs des autres et croyait qu’il devait les prendre en charge. Il lui a manqué l’audace, la liberté. J’ai l’image de Peter Pan : oser vivre, oser croire, oser oser. Tous ces manques qui l’envahissaient, le débordaient, qu’il ne savait pas intégrer, qu’il ne savait placer en lui.

Et pourtant, ce petit garçon, il en avait des choses, aussi. Des parents, une maison (deux, même), à manger, une école. Il aimait lire, inventer, créer, il se lançait dans l’écriture, dans l’aquariophilie, l’informatique. Il était dans l’imaginaire, dans la créativité. Une vraie bouillotte à idées, à envies, à projets. Bien sûr, plein de projets pour sauver le monde, ce monde qui contient tellement de souffrances. Nourrir les affamés, sauver les espèces en voie de disparition, arrêter les guerres, guérir les malades, soigner la planète, aider les chiens perdus.

J’ai gardé plein d’envies de cet enfant. Je continue à rêver de trouver une source d’énergie propre et abondante, je continue à rêver que les êtres humains prendront conscience que les animaux sont des êtres vivants et pas des poupées qu’on peut torturer à sa guise, qu’il apprendront que l’autre est un frère et pas un ennemi, qu’ils comprendront que leurs religions ne sont qu’une vision du divin et pas une raison de massacrer ceux qui croient autrement, je continue à adorer transmettre, enseigner, ouvrir. Je sais toujours intuiter ce qui se trame en l’autre, parfois même quand l’autre ne le sait pas encore vraiment.

Mais je prends conscience que j’attends encore de combler les manques pour oser profiter de ce qui est là.

Plus particulièrement, je prends conscience que j’étais prêt à effacer ce qui a été bien parce que ce n’est pas devenu ce que j’aurais voulu. J’ai été en couple pendant 12 ans, et je le regardais comme un gros échec parce qu’il s’était terminé. J’oubliais tous les bons moments que j’ai vécus. Les voyages, les projets réalisés, les fêtes, les plaisirs.

Marc m’a toujours dit qu’il aimerait que je sois là parce que j’étais content de l’instant et non parce que j’en attendais une suite : que je sois là pour profiter de la soirée en cours et non parce qu’elle promettait une histoire longue et heureuse. Je prends conscience que je ne pouvais profiter du moment qu’à l’aune de ses promesses futures, que la soirée perdait tout sens si elle ne s’inscrivait pas dans une histoire d’amour réussie, infinie. Et qu’après, je regardais cette soirée plutôt comme un échec ("elle n’a pas tenu ses promesses", "elle mentait sur le futur") que comme ce qu’elle avait été, un bon moment, agréable dans le temps qu’il avait duré.

Je comprends soudain qu’avec Marc, je n’ai pas tout ce que j’aimerais, pas tout ce dont j’ai envie. Il n’est pas l’incarnation parfaite de mes désirs. Il a ses défauts, ses limites (si, si, chéri, je t’assure !). Mais il m’apporte des choses que j’aurais crues impossibles. Tel qu’il est aujourd’hui. Avec le partage que nous pouvons avoir aujourd’hui. Ça n’empêche pas qu’il y ait des manques, des regrets, des espoirs déçus, des envies frustrées. Mais je comprends que je peux quand même profiter de ce qui est là, en étant d’abord dans le plaisir de l’avoir et pas d’abord dans le regret que ce ne soit pas mieux.

Ça ne change rien, et ça change tout. Ça ne change ni les plaisirs ni les manques. Ça change mon accès aux plaisirs et aux manques, l’ordre dans lequel je les regarde, le poids que je leur donne, et la joie que j’en retire.

Et quand j’écris ça, je me surprends à me dire "mais je suis pas capable de garder ce regard-là en moi, je vais oublier, perdre". Peut-être. Mais je peux aussi commencer par me réjouir de l’avoir contacter, même si ce n’était que pour un instant. Cet instant ne promet que toute la vie je saurai être heureux de ce que j’ai et de ce que j’ai eu au lieu de manquer de ce qui n’est pas. Il ne promet rien de tel. Il offre juste, l’espace d’une seconde, la possibilité de sentir que je peux regarder ma vie comme ça. Ce que je ferai demain, dans 5 mn, ce sera une autre histoire. Peut-être pourrai-je ancrer ça en moi, peut-être pas. Est-ce que ça enlève de la valeur à cet instant d’une conscience différente ?

Vous pouvez noter cet article, lu 121 fois
0 vote


Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.