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« C’est en voyant un moustique se poser sur ses testicules qu’on réalise qu’on ne peut pas régler tous les problèmes par la violence... »Proverbe chinois (?)
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Public  Anthropocène et apprentis sorciers

... La technique pour compenser les failles de la technique

mardi 22 octobre 2013, lu 230 fois

L’Anthropocène désigne une nouvelle époque géologique, celle dans laquelle l’homme industrialisé en vient à changer les paramètres naturels de la planète qui l’a vu naître. Elle démarre au XVIIIè siècle après JC.

Avec le réchauffement climatique, la pollution, l’imbécilité généralisée du rapport de l’Homme avec la Terre, l’Anthropocène pourrait aussi se nommer la Télanthropocène (bon, je viens de le créer... de τέλειος - teleios, la fin, et ἀνθρωπος - anthropos, l’humain - l’ère de la fin de l’homme). Nous ne sommes pas prêts à changer, pas encore.

Les abeilles disparaissent ? Les techniciens de Harvard (je crois) imaginent des drones pour polliniser les plantes. Des drones qu’il faudra construire, entretenir, alimenter en énergie, détruire. Chaque phase de ce cycle polluera. Les petites abeilles qui font ce travail depuis des millions d’années en toute autonomie, sans coût et sans effort pour nous, ne feront pas le poids. Intelligent, l’homme ???

Le climat change. On imagine qu’il fera juste un peu plus chaud, ou plus froid peut-être, rien de dramatique. On nous dit que les océans vont monter de quelques dizaines de centimètres, voire même de quelques mètres. Quelle importance ? Ce sera bon pour l’immobilier, faudra reconstruire les ports, les routes, les logements.

Mais ce tableau "idyllique" du changement induit par l’homme cache d’autres vérités. Quelques degrés de plus et c’est toute la zoosphère qui bascule. Quelques degrés de plus, et les plantes ralentissent leur croissance et meurent. Quelques degrés de plus et c’est toute la végétation qui n’est plus adaptée et disparaît. Quelques degrés de plus, et les animaux qui se nourrissaient de cette végétation disparaissent à leur tour. Quelques degrés de plus et la planète se désertifie. Oh, on inventera bien des OGM pour tenir un peu. Mais même les OGM ne tiendront pas longtemps dans les conditions météo qui s’annoncent : quelques degrés de plus et c’est la violence des vents, des tempêtes, des pluies, du soleil qui est multipliée par... Combien ? On n’en sait trop rien, on est juste sûrs que c’est pas la joie.

Le dernier rapport sur le changement climatique doute que nous puissions maintenir l’évolution des températures dans la limite des 2°. Mais si on passe cette barre, ce n’est pas juste moins cool : c’est le maintien de la vie humaine sur la planète qui se joue. C’est notre capacité à trouver de la nourriture, de l’air, des conditions climatiques supportables qui est en jeu. Nous jouons à la roulette russe avec la planète, et déjà, des espèces sans nombre s’effondrent dans l’indifférence. La biodiversité, qui permet d’avoir plein d’animaux marrants dans les parcs de loisirs, la biodiversité fondamentalement permet le maintien d’un cycle écologique durable, dans lequel chaque espèce se nourrit des déchets d’une autre et ramène au fil du temps la poubelle sur la table, évitant l’accroissement de la pollution. La nature a mis des milliards d’années à trouver cet équilibre. Nous venons de le bousculer tellement fort qu’il risque de s’effondrer.

Oh, la planète survivra. Il faut en général 10.000.000 d’années pour qu’elle se remettre d’une catastrophe aussi grave que l’homme, mais elle y parvient à chaque fois. Peut-être que la prochaine espèce dominante sera la fourmi ? Le rat ? En tout cas, ce ne sera plus l’homme. Il aura joué, et il aura perdu.

Alors bien sûr, après des décennies de déni (j’entends encore Claude Allègre, ce bougre !), d’imbécilités savamment distillées pour discréditer les lanceurs d’alertes, de mensonges sciemment énoncés pour manipuler l’opinion publique, après ces décennies d’abrutis arrogants et suffisants, les temps changent.

Les grandes entreprises, même si elle ne l’admettent pas encore, ont changé leur fusil d’épaule. Elles se sont mises à croire au réchauffement climatique et à la catastrophe qui nous attend. Bill Gates investit pour l’éviter, des millions de dollars. Shell lance des études à grande échelle (oui, un pétrolier). BP Exxon et de nombreux autres se lancent dans la course. Qui ose encore dire que le changement climatique est une rêverie d’écolo ?

Mais tous ces gens sont encore à côté de la plaque. Dans leur orgueil, leur suffisance, ils refusent toujours de voir. Leur nouveau joujou c’est la géo-ingénierie.

L’ingénierie de la Terre.

Puisque la Terre réagit à nos pollutions, et puisqu’on n’a pas envie de changer notre mode de vie, changeons la Terre. Balançons du souffre dans l’atmosphère pour réduire l’ensoleillement, de la chaux dans les océans pour diminuer l’acidité due au CO2, construisons des machines pour ré-absorber le CO2 que nous rejetons massivement. Ben oui, c’est tellement intelligent : je pisse dans la mare et après je fabrique une machine pour enlever la pisse, une machine dont je n’ai aucune idée de comment elle pourrait marcher, du coût qu’il faudra assumer pour la construire et la faire tourner, des risques qu’elle fera courir, des limites qu’elle aura, des pollutions qu’elle entraînera (pas grave, on fera d’autres machines pour éliminer les pollutions des machines). Bien sûr, je pourrais éviter de continuer à pisser dans la mare, mais la vie serait tellement terne et insipide. Bien sûr, il faudra créer des taxes pour financer la machine anti-pisse, bien sûr les entreprises ne voudront pas payer, mais c’est pas grave : faut bien que le populo serve à quelque chose au XXIIè siècle, hein ?

Et tous ces doctes imbéciles tombent dans le même panneau qu’il y a 100 ans avec le pétrole, 50 ans avec le nucléaire. On a un problème ? On va faire une machine pour le résoudre, au lieu d’éviter qu’il survienne. Mais les machines, ma bonne dame, ça n’a jamais rien réglé, comme problème. C’est pas propre, pas sain, pas écologique, ça coûte cher, faut des métaux pour les construire, faut les recycler à la fin, faut de l’énergie pour les fabriquer et pour les faire tourner.

Passer du temps, de l’argent et de l’énergie à polluer la planète pour ensuite passer du temps, de l’argent et de l’énergie à la dépolluer tout en continuant à la polluer est tout simplement voué à l’échec. Il n’existe aucun cycle en physique ou en chimie ou ce soit supportable. La raison est toute bête : produire de l’énergie pollue. Même l’énergie verte. Fabriquer un panneau solaire pollue, fabriquer une éolienne pollue. Brûler du pétrole, du gaz ou du charbon pollue bien plus. Brûler des atomes encore bien plus. Mais toute production d’énergie pollue. Et c’est (en grande partie) pour produire de l’énergie que nous bousillons la planète : pour nous éclairer, pour faire rouler nos voitures, pour faire voler nos avions, pour nous chauffer - bref pour avoir de l’énergie.

Et que vient-on nous dire ? "Pas grave on va faire des machines pour éliminer cette pollution". Et l’énergie pour fabriquer ces machines, on va la trouver où ? Je prends un pari : lorsque la géo-ingénierie commencera à tourner, elle va amplifier les problèmes. Tout simplement parce qu’elle va multiplier par 2, 3 ou 5 notre besoin en énergie.

Je lisais récemment que pour réparer le climat après 200 ans d’utilisation du pétrole, il nous faudra entre 3000 et 10.000 ans, et que le coût de cette réparation sera des milliers de fois plus élevé que les bénéfices gagnés pendant ces 200 ans. Autrement dit, une fois encore : quand on commence à se tirer une balle dans le pied, elle fait mal.

La géo-ingénierie est un boulet que nous dirigeons sur nos pieds blessés.

Vous pouvez lire reporterre, ils m’ont aidé à grimper au plafond sur cette nouvelle débilité.

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