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Public  Ils ont pillé la démocratie

... et ils essaient de voler ce qui en reste

mardi 10 février 2015, lu 381 fois

J’ai été amusé.

Au début.

Sur le site Internet de Corporate Europe Observatory, un PDF, intitulé "TAFTA, une attaque camouflée sur la démocratie et les normes de réglementation".

Corporate Europe Observatory, c’est cette structure qui observe (et dénonce) l’action des lobbies.
TAFTA, c’est ce projet de traité nord-atlantique qui voudrait ouvrir les barrières non-douanières entre les USA et l’UE (en clair : supprimer les normes, règles, règlements, et autres protecteurs de nos vies qui entravent la liberté de tuer, polluer, empoisonner des entreprises, les spoliant ainsi de si "justes" bénéfices...).

Bref, les associations découvrent que certains gouvernants voudraient asservir les peuples aux bénéfices des entreprises et que c’est méchant quand même !

Dans TAFTA, cela passe par "l’hamonisation" (le nivellement par le bas...) des normes : interdire les OGM, ce serait entraver une entreprise, il faudrait l’indemniser ; idem pour toutes les interdictions "abusives" (veau aux hormones, poulet lavé à la javel, graines brevetées et monopolisées par Monsanto ou autre, pesticides tueurs d’agriculteurs et d’abeilles, solvants cancérogènes, sucre diabétogène : toutes ces bonnes choses devraient soit être autorisées, soit faire l’objet de compensations financières si on en prive les entreprises).

Cela vous choque ? Cela vous semble une horrible orientation politique ? Vous n’avez jamais rien entendu de semblable ? Alors c’est que vous dormiez ces 30 dernières années.

Parce que, malgré les discours lénifiants, depuis 30 ans (35 ?), la mondialisation et la finance grignotent nos libertés et nos démocraties. Si cela semble plus évident aujourd’hui, c’est juste que Capital et Finance (deux termes idiots, mais bon...) se sentent assez fort pour s’en foutre qu’on les voie à l’œuvre : ils croient avoir gagné, que nous sommes ligotés, que nous sommes assez abrutis pour marcher tels des zombies vers le futur qui leur convient.

Ils vivent dans un monde simplet et croient pouvoir nous y enfermer. Dans leur monde simplet, le Contrat est le Maître. Tout Contrat doit être Respecté et Honoré. C’est d’ailleurs le sens de la loi aux USA, où un contrat entre deux personnes a une valeur supérieur aux dispositions de la loi, sauf quelques rares éléments auxquels il est impossible de renoncer par contrat. Mais on peut renoncer à à peu près n’importe quoi (indemnités de licenciement, horaires de travail,...). Si vous signez, vous devrez appliquer.

Outre que c’est stupide (cela revient à vouloir croire que les deux parties sont égales en connaissance des méandres légaux et juridiques et qu’un individu doit être libre de marchander sa liberté), cela a comme effet pervers de conditionner les rapports entre les institutions : une entreprise pourrait poursuivre un État parce qu’il a voulu protéger la santé de ses citoyens, puisque le contrat (implicite ou explicite) entre l’État et l’Entreprise, c’est que le premier fout la paix à la seconde et la laisse gagner un max de blé sans l’emmerder avec ses taxes, impôts et règles stupides.

Une fois encore, rien de nouveau sous le soleil.

Quand des milliers de Français planquent des comptes en Suisse, c’est parce qu’ils refusent le lot commun : payer des impôts. Leurs Seigneuries ne sauraient être ramenées dans le vaste troupeau des Contribuables, et leur Valeur Personnelle est tellement différente qu’il est LOGIQUE qu’ils échappent - eux - aux contraintes du petit peuple. Bien sûr, c’est un exemple de 2015, mais on peut en trouver d’autres, qui montrent comment cette mentalité de serpent égoïste et arriviste augmente depuis quelques décennies.

A peine moins récent : les Grecs ont élu un nouveau gouvernement, qui a un programme équilibré pour revenir à une économie supportable, qui cesse de pousser les gens au suicide (+35% grâce à la Troika), de les empêcher de se soigner (démantèlement de la Sécu Grecque et des hôpitaux) etc. L’Europe, Prix Nobel de la Paix (ce qui sous-entend une certaine éthique et une certaine conscience, non ?) devrait applaudir des deux mains. Ah ben non, elle se positionne comme si la démocratie grecque avait moins de valeur que les Traités et les Conditions Imposées par la Troika. Joli monde...

Exemple moins récent : Hollande se fait élire avec "mon ennemi, c’est la Finance". Il lui faudra une poignée d’heures pour se renier et signer le Pacte de Stabilité (joli nom pour un Contrat d’Austérité et de Démantèlement des Droits).

Encore un peu moins récent : les Français ont voté sur l’Europe par trois fois. En 1972, pour l’élargissement de la CEE à la Grande-Bretagne, l’Irlande et autres, en 1992 sur le Traité de Maastricht et enfin en 2005 sur le Traité Constitutionnel. Ils dirent "oui" les deux premières fois et très majoritairement "non" la troisième. En démocratie, cela aurait signifié la mort de cette constitution et l’obligation de revenir devant le vote pour l’approbation d’une autre version. Que fit-on ? On modifia trois virgules dans le texte (sinon, c’eut été trop visible) et on le fit approuver par le Parlement. Qui eut le toupet de voter oui. La démocratie (le pouvoir au peuple, en Grec) prit une très belle claque !

Des exemples de trahison de la démocratie par ses élus, il y en a des dizaines. Des services publics démantelés par l’Union Européenne (nos élus franchouillards ont voté pour, hein, allez pas croire que ce sont les méchants Elfes du Nord ou les vilains Nains de l’Est qui nous l’ont imposé par leurs pouvoirs magiques, non, ce sont nos élus qui ont voté à l’opposé des choix des peuples et ce en toute conscience et en toute trahison de leurs devoirs et de leurs mandats), des cadeaux financiers aux entreprises sans contrepartie, du démantèlement du droit du travail et des inspections du travail, de la privatisation rampante de la santé (et de l’instauration bancale de génériques débiles qui pour des raisons incompréhensibles diffèrent des originaux, malgré les peurs et les critiques exprimées par les citoyens), de l’augmentation des inégalités (plus on est riche, moins on participe proportionnellement à l’effort collectif), du mensonge permanent (lire Desintox sur Libération ou les Décodeurs du Monde, qui montrent comme les politiques nous manipulent sans la moindre honte - avec Sarkozy en champion du mensonge éhonté)...

Les gouvernements (et pire encore les candidats) se montrent attentifs aux peuples pour mieux les trahir. Les entreprises pratiquent le green-washing (faire semblant d’être écolo) parce que ça la fout bien (tout bataillant pour le droit de polluer librement), se positionnent contre les discriminations envers le LGBT (à Davos, la semaine dernière : c’est bien, mais...) tout en exploitant les enfants indiens et en déplaçant manu militari les populations indigènes en Amazone au nom du Pétrole SacroSaint (ou plutôt des Sacrés Profits du Saint Pétrole ?)...

En synthèse, nos votes sont bafoués, nos démocraties étouffées, nos choix ignorés. Il est urgent de soutenir la Grèce (un sursaut démocratique dans un monde de brutes)... et j’ai parfois envie d’aller aiguiser les guillotines, puisqu’il semblerait qu’un riche qu’on limite par la porte vienne réclamer par la fenêtre et que le seul moyen d’en finir avec ses manipulations soit de le raccourcir un peu... Bon, j’ai pas envie d’un bain de sang, j’ai jamais cru vraiment que tuer les gens permettait de les convaincre et d’avancer dans le bon sens (pas plus dans une révolution que dans le terrorisme). Mais à un moment, si le vote ne marche plus, si quoi qu’on fasse et qui qu’on élise le résultat est le même, si les mêmes traités sont ratifiés qu’on les ait approuvés ou rejetés, si le Peuple est devenu quantité si négligeable que la signature d’un seul homme vaut plus que l’opinion de 65 millions de citoyens, que reste-t-il comme autre voie que le fascisme ou la révolte ?

La démocratie est grignotée, le vote FN augmente et la révolte gronde. Le retour de manivelle sera brutal. Reste à savoir quand il surviendra...

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