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« C’est comme ces vingt-deux mecs qui courent après un ballon, alors que je suis sûr que ce ne serait pas si cher que ça de leur filer vingt-deux ballons. Un chacun. Comme ça, au moins, ils foutraient la paix. »Jean Yann
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Public  Nous aurons eu tous les miracles entre les mains

... et nous aurons tout fait pour les perdre.

mercredi 6 janvier 2016, lu 312 fois

Par moment, je regarde mes étudiants voltiger avec brio sur des dispositifs incompréhensibles pour leurs grand-parents, capable de réaliser des choses qui paraitraient des actions divines à quiconque aurait vécu il y a 200 ans.

Mes lectures scientifiques me donnent cette même impression d’un infini qui s’ouvre, qui est prêt de s’ouvrir, comme si en quelques décennies, nous étions presque devenus des demi-dieux sans limite.

Eh oui, sans limite. Sans limite individuelle autre que la passion ou même la simple envie : on peut maintenant aller dans l’espace, marcher sur l’eau, voler, nager avec les poissons pendant des heures, filmer l’ouverture d’une fleur pour voir en 2 secondes un mouvement qui a pris 48 heures et qui était imperceptible avant, ou au contraire ralentir la chute d’une goutte d’eau dans un verre pour en voir tous les microscopiques détails pendant de longues secondes, on peut construire des robots qui ne savent pas encore faire grand-chose mais qui sauront si vite, on peut trouver toute l’information sur n’importe quel sujet en quelques secondes, on peut trouver des cours sur à peu près n’importe quel domaine - chacun pourrait devenir physicien ou mathématicien ou historien ou paléontologue, juste en prenant le temps d’apprendre, le savoir est là, à portée de main. On peut apprendre à (re)vivre comme des hommes des cavernes ou apprendre à maîtriser la domotique pour rendre notre habitat presque aussi docile que celui de Merlin l’Enchanteur quand il décide de déménager (et Internet me permet même de vous montrer l’extrait du film ici).

Individuellement, nous approchons (ou du moins les êtres humains qui en ont les moyens financiers) d’une sorte de toute-puissance dans la culture, le raffinement, la science, la santé et le savoir,...

Collectivement, jamais aucune espèce sur cette planète (et peut-être dans ce système solaire, voir dans ce bras de la galaxie) n’a jamais eu autant de moyens. Nous savons produire de l’énergie renouvelable. Nous avons compris comment nous alimenter sainement, comment vivre sainement, comment soigner nombre de ces maladies qui malgré tout nous touchent encore. Collectivement, la promesse à portée de main est que demain sera plus riche encore, quand nous aurons intégré les savoirs anciens et les sciences modernes, quand nous aurons déployé tous ces moyens, tous ces possibles, toutes ces richesses quasiment infinies, pour les mettre au service de tous et à portée de chacun.

Nous avons tous les miracles au creux de la main de l’humanité. Il suffit d’un souffle, d’un rire, d’un élan, d’un rien pour leur donner vie.

Mais dans le même temps, je regarde le Zap de Spi0n, collection de milliers de bêtises faites par tout un chacun, et au bout de la 100è vidéo, je me dis "mais c’est pas vrai, on a inventé tout ça, tous ces miracles, juste pour faire les mariolles, tuer, détruire et massacrer en rigolant, sans aucune conscience, sans recul, sans âme ????".

Oh, s’il ne s’agissait que d’une impression fugace après s’être abruti de bêtisiers, ça ne m’inquièterait guère.

Mais je vois les attentats.
Je vois la barbarie de l’Arabie qui exécute 47 personnes (cette barbarie ne cédant en rien à celle des autres meurtriers légaux, comme les USA).
Je vois les présidents élus comme "ennemis de la finance" tourner casaque et se prostituer au service des grands capitalistes puis proposer des lois iniques en s’inspirant de l’extrême droite dans le seul souci de leur réélection et au mépris des peuples dont ils ont la charge.
Je vois les dictatures comme la Chine s’autoriser à écraser la liberté de la presse sans qu’aucune de nos soi-disant démocraties n’ose rien dire de peur de perdre quelques dollars.
Je vois les grandes entreprises amasser rapacement des centaines de milliards et refuser leur juste participation aux frais collectifs qui leur permettent d’exister. Ces entreprises, qui devraient être l’un des rouages de la société, deviennent de plus en plus des vampires de cette société, suçant les millions pour les redistribuer aux poux qui les infestent (oui, je parle bien des actionnaires) au lieu de prendre leur juste part - toute leur juste part, mais rien que leur juste part - des efforts et des bénéfices.
Je vois le petit peuple basculer d’un bord politique à l’autre à chaque élection, exaspéré des mensonges et des désillusions, et s’abandonner de plus en plus dans les bras empoisonnés des fachos, en désespoir de cause, en désespoir de vérité, en désespoir de démocratie.
Je vois le nucléaire qui se présente comme une énergie verte (ils doivent vraiment croire qu’on est des cons pire que les limaces).
Je vois que l’alpha et l’oméga de la politique est de diminuer la démagogique "charge insupportable de la pression fiscale" (ah bon ? elle est insupportable ? je gagne pourtant plus qu’il y a 25 ans et je paie nettement moins d’impôts !).
Je vois chaque aventure potentielle devenir non pas une source d’épanouissement, d’ouverture, d’accroissement du savoir, mais une source de profits
Je vois qu’il est préférable de laisser pourrir sur pied des être humains parce que ça couterait cher de s’en occuper, qu’ils soient des migrants suppliant de trouver une place aux portes de l’Europe ou des Africains réduits à la famine
Je vois qu’un préfet - un traitre à la préservation de la vie - "choisit" de permettre à une entreprise de continuer à déverser des millions de tonnes de polluants dans un parc naturel, contrairement aux contraintes qui avaient été édictées 10 ans avant
Je vois qu’on continue à empoisonner les gens par l’alimentation délirante qu’on leur fait ingurgiter alors qu’on sait ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas (non le sucre n’est pas votre allié. Ni le Coca, ni les barres chocolatées...)
Je vois qu’on continue à privilégier le Diésel cancérigène pour ne pas déstabiliser la filière automobile française (et après on fera les gros yeux aux Français parce qu’ils prennent trop de médicaments... ils ont qu’à savoir se laisser empoisonner sans tomber malades, ces cons !)
Je vois qu’on continue à vouloir raboter les "droits" sociaux et prolonger la durée du travail alors qu’il n’y a déjà pas assez de travail pour tout le monde (donc ceux qui en ont doivent s’épuiser pendant que ceux qui n’en ont pas doivent se ruiner financièrement et moralement)
Je vois que pour lutter contre les barges qui tirent dans le tas, les élites américaines continuent à promouvoir le port d’arme libre (ça va pas faire encore plus de barges qui pourront tirer dans le tas, ça ????)
Je vois que la haine de l’autre (sale juif, sale pédé, sale migrant, sale profiteur, sale assisté, sale privilégié, sale arabe, sale athée, sale terroriste, sale gosse, sale vieux, sale bonne femme, sale con,...) augmente, et je vois dans ma rue la violence augmenter insensiblement

Nous avons tous les miracles au creux de nos mains. Il suffirait d’un souffle, d’un rire, d’un élan, d’un rien pour leur donner vie. Mais l’humanité est à bout de souffle, elle a perdu son rire, elle n’a plus d’élan. Elle n’a même plus de rien disponible. Elle a du renoncement, du mensonge, de la manipulation, de l’avidité, de la méchanceté, de l’indifférence. Elle n’a plus grand chose qui permette de donner vie aux miracles. Oh, elle saura donner l’impression de leur donner vie : de nouveaux miracles vont arriver. Mais ce seront des miracles destinés à faire du fric à n’importe quel prix, pas des miracles destinés à préserver, à améliorer, à faciliter. De faux miracles. Des mirages.

Nous avions tous les miracles au creux de nos mains. Il aurait suffi d’un souffle, d’un rire, d’un élan, d’un rien pour leur donner vie. Mais nous avons tourné la tête pour demander toujours plus. Et les miracles se sont évaporés. La Terre a survécu. Très différente : après l’Ère des Reptiles et l’Ère des Primates, c’est maintenant l’Ère des Insectes. La nature tente cette fois de voir si la phénoménale intelligence collective des insectes saura faire mieux que l’égoïste intelligence personnelle des Hommes. Si les Insectes ne font au final pas mieux, elle adoptera la stratégie choisie par les éponges il y a quelques centaines de millions d’années : perdre son cerveau pour durer. Ce sera l’Ère Infinie des Imbéciles Heureux.

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