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« Enfin, comme je ne pouvais cesser d’être ce que j’étais, il m’apparut que ma voie était celle du secret : je devais taire ce que j’étais et de l’autre monde ne jamais me mêler. »Muriel Barbery, L’élégance du hérisson
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Public  2017, Le meilleur des mondes possibles

Petite rêverie de fin de soirée...

mardi 7 février 2017, lu 165 fois

- Monsieur, je ne connais pas les usages de votre planète, mais ici votre attitude est considérée comme outrancière et lasse ce tribunal. Taisez-vous, sauf pour répondre aux questions de la Cour, ou je vous fais… comment disent-ils ? ah… embastiller pour outrage.

L’accusé s’empara de son ψPhone, ordonna mentalement et rageusement les 140 caractères autorisés sur Chirper pour son compte @ROTUS : « Pseudo-tribunal alien se croit TOUT PERMIS. Refuse laisser faire, ils doivent comprendre maintenant et PARTIR IMMEDIATEMENT. #TerreDesHommes »

Concentré sur son écran, il nota avec retard que le juge avait poursuivi :

- … mais il semblerait qu’en plus vous ayez détruit atomiquement diverses contrées nommées… voyons… l’Amérique Centrale, l’Asie extrême-orientale et le Moyen-Est… Non, Orient. Quels noms étranges… Enfin. Bref, comme vous avez atomisé ces régions et que les autres structure politico-géographiques de votre planète vous ont laissé faire, il semblerait que nous n’ayons pas pu trouver d’autre Délégué de votre monde. En conséquence, Donald Trompette, vous représenterez la planète… Terre… devant cette Cour pour répondre des crimes de votre espèce.
Evidemment, vu son tempérament, quelque peu inspiré d’un homonyme de dessin animé, colérique et couarnant de façon incompréhensible à la moindre contrariété, l’homme ne put se retenir :

- Dites tout de suite que vous n’avez pas trouvé mieux !
- En effet, Monsieur, c’était bien le sens de ma phrase. Nous eussions préféré quelqu’un qui aurait évité à son groupe social une dictature et préféré la discussion aux bombes avec les groupes sociaux extérieurs !
- Vous n’avez pas à vous mêler de la politique intérieure de MA PLANETE !!
- En effet. Ce n’est d’ailleurs pas de ces crimes dont vous répondez ici, vous et toute votre espèce.
- Quoi ? Quels crimes ? C’est quoi ce délire ?
- Les chefs d’accusation…
- Je ne vous permets pas de m’accuser de quoi que ce soit ! Vous savez qui je suis ?????
- Les chefs d’accusation vous ont été signifiés lors de votre arrestation hier, puis lors de votre parution devant la Cour. Néanmoins, eut égard à l’arriérité… ils disent ça, arrièreté ? Non ? Ah, eut égard au crétinisme de votre espèce, la Cour accepte de vous les répéter.

L’homme fulminait visiblement. D’un rouge pivoine mal dissimulé par son fond de teint orange mais splendidement assorti à sa perruque jaunasse, il été tellement outré, scandalisé, offusqué et rageur qu’il n’arrivait plus rien à dire. Le Président put donc poursuivre en toute quiétude.
- Votre espèce est accusée de spoliation d’eau, de terre et d’air ainsi que d’empoisonnement volontaire envers toutes les autres espèces de votre planète. Vous êtes accusés collectivement de la destruction massive d’être sensibles et de l’éradication volontaire et consciente de plusieurs centaines d’espèces en raison de votre avidité insatiable. Au regard des lois de cette galaxie, il s’agit de l’un des crimes les plus graves, juste en dessous de l’annihilation totale d’une planète.
- NOUS SOMMES CHEZ NOUS SUR TERRE. Vous n’avez rien à y faire, rien à dire, rien à juger. Nous sommes chez nous et nous faisons ce que nous voulons !
- Silence ! Votre planète est dans la juridiction galaxiale, et en tant que telle soumise aux mêmes lois que toutes les autres. L’oubli de ces lois dans lequel vous étiez ne sera pas retenu comme circonstance atténuante, d’une part parce qu’il est interdit de les oublier et d’autre part parce qu’une circonstance atténuante ne peut être accordée que dans l’unique cas où – je cite – « l’espèce incriminée aurait fait de son mieux pour préserver les autres habitants de son monde et que seules des limitations cognitives et/ou technologiques auraient limités le succès de ses efforts » ! Il est évident que tel n’est pas le cas. Votre espèce n’a fait aucun effort d’aucune sorte. Elle a pullulé sans scrupule, s’est emparée de tout ce qu’elle convoitait et n’a jamais hésité à détruire ni ses propres représentants ni ceux d’autres espèces. Le crime est établi, prouvé et documenté, il n’y a pas lieu de revenir sur ces faits.
- AH VOUS VOYEZ BIEN QUE C’EST TRUQUÉ ! Vous avez décidé d’avance !!!
- Nous n’avons rien décidé d’avance : nous avons enquêté, analysé et retracé vos actes. Ces actes font de vous des criminels et vous êtes donc condamnés. La seule question restante est l’ampleur de votre punition.
- NOTRE ? NOTRE PUNITION ! Mais vous vous prenez pour qui ?????
- Pour ceux qui vont faire justice. La question d’aujourd’hui est donc la date à laquelle votre espèce a commencé à se conduire en criminelle. La sentence sera une condamnation au double de cette durée assortie d’une obligation de paiement de la remise en état de votre monde à l’issue du premier volet de votre peine.
- Le… LE DOUBLE ??? Mais le double de quoi ?
- Nous avons établi que depuis au moins 150 ans, vous détruisez votre environnement. La peine infligée à votre espèce sera donc d’au moins 300 ans. Et, comme vous les aimez tant, cette peine est incompressible. La question est : devons-nous considérer que l’attitude de votre espèce avant ce que vous appelez la révolution industrielle est aussi soumise à la loi sur la préservation des espèces ? L’exploitation éhontée que vous faites depuis si longtemps des animaux – les vaches, les poules, les chevaux – ou l’annihilation d’espèces – les dodo, les bisons, les loups – font-ils partie de l’inconscience d’une espèce pré-intelligente ou sont-ils le crime d’une espèce déjà capable de comprendre la portée de ses actes ? La question est : quelle durée allons-nous retenir, entre les 150 ans depuis l’industrialisation du massacre et les 400.000 ans depuis la domestication forcée des premières espèces ? Je vous le rappelle : votre espèce risque entre 300 et 800.000 ans de condamnation.
- MAIS BON SANG, VOUS PARLER SANS ARRÊT DE CONDAMNATION ! C’est quoi cette histoire ?
- Depuis 10 millions d’années, l’ensemble de la Galaxie est soumis à la loi dite de préservation : l’interdiction absolue de porter une telle atteinte à une espèce que cela remettrait en question son existence, assortie, dans son alinéa b, de l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité physique ou mentale d’un être doté de sensibilité, sauf pour des questions de survie. Cette loi stipule que toute espèce qui l’enfreindrait se verrait condamnée à servir les autres espèces de la Galaxie comme main d’œuvre à bon marché pendant un temps égal au double de la durée de ses crimes, et qu’elle devrait en outre payer pour la restauration complète de son environnement. Nous avons fait estimer le coût de la régénération des espèces que vous avez détruites, de la recréation des espaces naturels, du nettoyage des millions de tonnes d’ordures parfois irradiées que vous avez répandu, de la restauration de la couche atmosphérique et du nettoyage total des océans de la Terre. Ce prix est estimé à 1.000.000 de tonnes d’or pur, soit environ 37.000 milliards de vos dollars. Votre espèce sera donc asservie pendant une première durée définie lors de ce procès puis pendant une seconde durée destinée à rembourser ce million de tonnes d’or à vos prêteurs.
- Un… un million de… des prêteurs ? quels prêteurs ?
- La justice a depuis longtemps conclu qu’attendre qu’une espèce ait réuni la somme requise avant d’entamer la restauration d’une planète signe le plus souvent la destruction de celle-ci : cela prend des milliers d’années. Aucun monde ne peut subir si longtemps des déchets qui continuent à se répandre, des centrales nucléaires qui explosent faute d’entretien, des gigatonnes de produits chimiques qui corrodent le vivant. La Banque Centrale avance donc cet argent et demande le remboursement à l’espèce condamnée.
- MAIS ENFIN ! Vous n’avez pas le droit ! Nous n’allons pas devenir les esclaves d’extra-terrestres pour des millions d’années !!!
- Arrêtez de vous plaindre : la première version de la loi prévoyait une peine de réciprocité. Les espèces condamnées étaient asservies sur leur propre planète qu’elles devaient elles-mêmes restaurer sans aucune aide technologique. Elles servaient aux animaux comme ceux-ci avaient auparavant servi à l’espèce. Dans votre cas, vous eussiez pu servir de rôtis pour les chiens ou de tapis pour les vaches. Mais cette mesure a été considérée comme auto-contradictoire puisque ceux qui l’appliquaient se rendaient ipso facto coupables du même crime que celui contre lequel ils venaient agir. La loi a donc été modifiée : une espèce condamnée est maintenant bien traitée, nourrie, logée, soignée, mais dépouillée de toute possession. Toute richesse qu’elle produit par son travail obligatoire sert à alimenter un trésor qui permet de pourchasser les autres criminels et d’aider au maintien des écosystèmes. En parallèle, ses jeunes générations sont éduquées de façon à maintenir voire élever le niveau de conscience de l’espèce et la rendre apte à retrouver un jour sa liberté.
- Mais enfin, c’est injuste ! L’homme n’y est pour rien, c’est le soleil qui s’est mis à trop chauffer, le hasard, les cycles naturels…. Et puis, nous ne savions pas !
- C’est faux. Depuis au moins 40 ans, vos scientifiques vous ont alertés malgré la faiblesse de leurs moyens et de leurs connaissances. Des associations ont elles aussi tiré de multiples sonnettes d’alarme. Vous saviez. Vous saviez d’autant mieux que vos ancêtres avaient été avertis à de multiples reprises : vos contes en gardent encore la trace, dans ce que vous avez fini par considérer comme des contes et des mythes, de celui de la Terre-Mère à ceux qui parlent de l’Esprit Animal. Vous saviez. Et pourtant, à un moment, vous êtes devenus fous et vous avez rejeté les lois anciennes. Vous devez maintenant payer.

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