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Import Public  La jalousie amoureuse

La jalousie amoureuse
Par Michelle Larivey , psychologue
Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy", Volume 5, No 5 : Mai 2001
Résumé de l’article
La jalousie est souvent considérée d’emblée comme une émotion malsaine. En réalité, il s’agit d’une émotion au même titre que les autres, ni saine ni malsaine en soi. Sa fonction est la même que celle des autres émotions : nous renseigner sur nos besoins. Ce qui pose un problème dans le cas de la jalousie, comme avec certaines autres (...)

lundi 13 février 2006, lu 1286 fois

La jalousie amoureuse
Par Michelle Larivey , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy", Volume 5, No 5 : Mai 2001

Résumé de l’article

La jalousie est souvent considérée d’emblée comme une émotion malsaine. En réalité, il s’agit d’une émotion au même titre que les autres, ni saine ni malsaine en soi. Sa fonction est la même que celle des autres émotions : nous renseigner sur nos besoins. Ce qui pose un problème dans le cas de la jalousie, comme avec certaines autres émotions, ce sont plutôt les conduites morbides et dangereuses qui en découlent souvent.

Dans cet article, Michelle Larivey explique en quoi la jalousie est précieuse et peut être utilisée d’une façon constructive, qu’il s’agisse de rivalité ou de possessivité. Elle explique également ce qui nous amène à des choix destructeurs, pouvant aller jusqu’au meurtre. Enfin, elle indique des voies de travail sur nous-mêmes pour que les expériences de jalousie puissent devenir des occasions de croissance plutôt que de stagnation, de détérioration ou de destruction.

Introduction

L’amour peut-il exister sans la jalousie ? Lorsque nous choisissons d’accorder à quelqu’un une place prépondérante dans la satisfaction de nos besoins affectifs les plus importants, nous disons que nous aimons cette personne. Or, cette place de choix correspond à une dépendance qui conduit facilement à la jalousie. On peut donc dire que l’amour et la jalousie sont des expériences indissociables.

Mais la jalousie n’est pas un problème en soi. Elle n’est que l’indice de la présence d’un problème ; elle naît avec l’insatisfaction et l’insécurité. On éprouve de la jalousie lorsqu’on n’est plus satisfait auprès de la personne qu’on a choisi de privilégier et plus particulièrement lorsqu’on craint de perdre cette source de satisfactions importantes.

La jalousie peut donner lieu à des comportements destructeurs qui sabotent les fondements de la relation. Mais elle peut aussi servir de déclencheur pour nous amener à régler les problèmes personnels et conjugaux qui en sont la vraie source. C’est à nous de choisir entre la jalousie-émotion et l’existence jalouse.

A- Jalousie et existence jalouse

L’émotion de jalousie amoureuse est une expérience précieuse. L’envie qu’elle contient nous informe sur nos besoins en souffrance. La part de colère qui en fait également partie constitue une porte d’entrée sur nos problèmes personnels par rapport à ces besoins ainsi que sur nos résistances à ceux-ci.

Comme toutes les émotions, la jalousie n’est donc ni mauvaise ni bonne en soi, même si c’est une émotion souffrante. Sa mission spécifique consiste à révéler à la fois un besoin frustré et les obstacles intrapsychiques à leur satisfaction. Un contact adéquat avec cette émotion ne conduit pas aux gestes destructeurs qu’on associe à tort à l’agressivité qui fait partie de la jalousie. Au contraire, il permet de régler le problème qui suscite cette émotion.

Thomas a été intensément jaloux durant le dîner avec des amis. Eugénie l’a négligé et flirté sans arrêt avec ses copains.

Il est furieux et lui exprime avec toute l’intensité qu’il ressent. Il lui dit combien il a eu mal qu’elle n’ait aucun regard pour lui et qu’elle ait été toute tournée vers ses copains. Il lui dit toute sa colère de l’avoir vue séductrice avec eux et presque froide avec lui. Il est triste et choqué et ne s’en cache pas.

Eugénie est profondément remuée. Elle ne s’était pas arrêtée à l’effet de sa conduite sur Thomas. Elle est touchée par l’importance qu’il lui manifeste, mais aussi par sa douleur, car elle l’aime. Elle se trouve insensible de lui avoir fait subir cela.

Il n’est pas étonnant que cette scène de jalousie ait rapproché les deux amoureux. Elle fut pour eux l’occasion de s’exprimer leurs sentiments, de constater l’importance qu’ils ont l’un pour l’autre et de la manifester. Mais la jalousie n’est pas toujours vécue et exprimée de cette façon et elle n’a pas toujours un effet positif sur la relation. Quand l’existence d’un couple est empreinte de jalousie, c’est à la détérioration de la relation qu’il faut plutôt s’attendre.

L’existence jalouse est une toute autre chose que la jalousie en tant qu’émotion. Je désigne par cette expression l’ensemble des attitudes et des comportements malsains d’une personne qui éprouve une jalousie : manifestation d’agressivité à répétition, suspicions, intrusions, manipulation, harcèlement. Dans des cas extrêmes, la jalousie ainsi vécue peut même conduire à l’homicide.

Cet article porte uniquement sur l’existence jalouse. Lorsqu’il sera question du "jaloux", il s’agira toujours de celui qui laisse la jalousie envahir son existence et ses relations. Dans ce cas, le jaloux n’est pas le seul dont la vie est contaminée. Si l’autre membre du couple est tant soit peu complice en acceptant ses règles du jeux pathologiques, il peut être sûr de prendre lui aussi son billet pour l’enfer.

B- Caractéristiques de l’existence jalouse

L’existence jalouse est une sorte d’existence "morte" et sans issue à cause des deux conduites qui la caractérisent : le camouflage du vécu et le contrôle du partenaire. Dans certains cas, on retrouve ces comportements à la fois chez le jaloux et son conjoint. Ce dernier se fait plus ou moins volontairement, complice de cette existence jalouse, comme l’est Martine dans l’exemple qui suit.

Voyons à travers cet exemple, en quoi consistent ces deux caractéristiques.

Martine ne sait plus quoi faire devant la jalousie de Richard. Elle se demande s’il peut en "guérir". Leur vie est un enfer qui dure depuis plus de dix ans.

Déjà dans ce bref énoncé, nous constatons que Martine fait du problème de Richard son propre problème. À ce qu’elle dit, on devine qu’elle a beaucoup tenté d’en venir à bout. Typiquement, elle fait tout pour ne pas éveiller la jalousie de Richard et elle tente de le persuader de la fausseté de ses soupçons lorsqu’il en manifeste.

Les soupçons perpétuels de Richard empoisonnent leur vie. Selon Martine, ils ne sont aucunement fondés mais elle n’arrive jamais à le convaincre. Il interprète le moindre regard qu’elle pose sur un homme comme une infidélité. Aussi est-elle toujours extrêmement prudente dans ses gestes et ses propos afin d’éviter toute ambiguïté. Lorsqu’elle parle d’un collègue ou d’un ami commun, il raille, laissant entendre qu’elle le trouve certainement plus attrayant que lui. Il suffit que sa conversation téléphonique soit brève pour lui faire croire qu’il s’agissait de son amant. S’il ne connaît pas son horaire, c’est sûrement qu’elle a un rendez-vous galant. Les soupçons à tout propos et les allusions blessantes à répétition, voilà ce que subit Martine pour une vie parallèle qu’elle n’a même pas !

Martine pense qu’elle réussira à calmer la jalousie de Richard en étant prudente et en le convainquant de son innocence. C’est pourquoi elle est prête à s’expliquer à l’infini.

1. Culpabilité

Même si elle est rigoureusement fidèle, elle se reproche quand même intérieurement de ne pas aimer son mari davantage. Elle ne sait plus si l’amour s’est effrité à la longue à cause de la jalousie ou si ce sont plutôt ses insatisfactions grandissantes dans sa relation avec Richard qui ont usé son espoir d’être heureuse avec lui. Finalement, elle vit souvent de la culpabilité par rapport à ses sentiments à l’égard de Richard.

Elle ne regarde pas vraiment les autres hommes, mais elle sait qu’elle ne regarde pas vraiment Richard comme un homme. Elle ne flirte pas, comme il l’accuse de le faire, mais elle sait qu’elle ne déteste pas quand un homme se retourne sur son passage. Elle s’en veut de ne pas désirer être séduite par Richard et se reproche de ne pas l’avoir rendu plus heureux. Elle croit donc avoir contribué à ce qu’il soit maintenant si hargneux.

Elle sait aussi qu’elle s’est longtemps consacrée aux enfants pour éviter d’être trop souvent en relation avec lui. Elle se critique de cela et estime qu’en tant qu’épouse aussi imparfaite, elle mérite en partie le sort que lui fait subir son mari.

Sa culpabilité la rend vulnérable aux reproches de Richard. Dans la mesure en effet où elle se refuse à assumer ce qu’elle vit réellement (son peu d’attrait pour Richard, son désir de plaire...), elle est inconfortable devant les crises de son mari, se voyant plus ou moins responsable de son malheur.

2. Dissimulation

Mais pas plus que Richard, Martine ne parle de tous ces sentiments. Elle ne lui donne jamais l’heure juste quant à ses propres insatisfactions et à ses besoins affectifs. Elle cherche plutôt à contrôler la jalousie de Richard en s’efforçant d’éviter tout ce qui pourrait l’attiser.

Elle met donc beaucoup de temps à convaincre Richard que ses soupçons ne sont pas fondés. Elle explique ses regards, ses retards et parfois même ses soupirs. Elle va jusqu’à rendre compte de ses pensées et à les justifier. Surtout, elle fait extrêmement attention de ne pas provoquer Richard. Lorsqu’elle ne réussit pas, elle s’acharne à lui démontrer que ses présomptions sont illogiques. Mais, comme elle le dit si bien, "il est très difficile de prouver ce qui n’a pas eu lieu !" Étrangement, elle sort perdante de chacune de ces séances d’explication, car Richard trouve toujours, dans ses propos, de nouveaux motifs d’être jaloux.

Richard pressent la tiédeur des sentiments de Martine et cela contribue à alimenter sa jalousie. Mais il ne parle pas pour autant de l’amour qui lui manque, de son insécurité par rapport aux sentiments de Martine, de sa peur d’être délaissé pour un autre plus attrayant, du fait qu’il n’a pas confiance en lui comme homme. Au lieu de cela, il mise sur le contrôle, il s’efforce de tout contrôler.

Il s’emploie à la démasquer et à la punir de ce qu’il éprouve. Il l’assaille de questions, l’accable de ses soupçons et la charge de son hostilité. Il la traite réellement comme si elle était responsable de ce qu’il vit, c’est-à-dire de ses manques affectifs et de sa propre incapacité à les avouer et à les combler.

Martine et Richard sont engagés dans une roue qui tournera à perpétuité. Celle-ci les conduira à coup sûr à l’usure émotionnelle.

Martine est au bord de l’usure émotionnelle. Elle se dit qu’elle finira par partir. Elle réagit de plus en plus agressivement mais n’ose pas lui dire ce qu’elle pense vraiment de son comportement, ni lui parler de tout ce qu’elle vit. Elle craint d’augmenter ses motifs d’être jaloux.

Martine ne peut pas affronter Richard parce qu’elle est coincée dans la culpabilité. Comme elle n’assume pas la façon dont elle a été avec lui et les sentiments qu’elle éprouve aujourd’hui pour lui, elle peut difficilement lui en parler. Il lui est donc impossible d’amorcer un dialogue franc sur leurs insatisfactions mutuelles.

Pour Richard la vie n’est pas plus rose. C’est un homme triste et tourmenté dont la vie est peu remplie. Quand il n’est pas absorbé par le travail, il fantasme sur ce que fait Martine ou l’espionne carrément. Ses soupçons sur la "double vie" de sa femme le font énormément souffrir : peine, colère, jalousie, rage, sont à peu près les seules émotions qui l’habitent. Il vit continuellement dans l’insécurité : celle de perdre Martine. Il craint qu’elle soit séduite par un autre homme car il est convaincu de ne pas être à la hauteur. Son apparence physique lui pose des problèmes d’une part, mais d’autre part, il sent bien que sa mauvaise humeur quotidienne est néfaste pour sa relation conjugale. Profondément en lui, il ne se trouve pas très aimable. Mais il s’arrête très peu à cette pénible impression.

Richard n’aborde jamais ces problèmes avec Martine. Il ne s’arrête pas pour y réfléchir non plus. Il n’a jamais pensé non plus à prendre des moyens sérieux comme la psychothérapie pour travailler sur sa confiance en lui. Il se laisse miner par la peur que ses problèmes entraînent une rupture plutôt que de leur faire face, de les avouer et de mettre de l’énergie à les régler.

Si on demande à Richard qu’elle est la solution à sa jalousie, il lorgne du côté de Martine, mais il est incapable de répondre. "Je ne peux tout de même pas la garder en cage !" pense-t-il. Mais il lui semble tout de même qu’elle devrait changer. "Elle ne devrait pas avoir de sentiments pour d’autres que moi et elle devrait m’aimer davantage".

3. Contrôle

Comme le jaloux typique, Richard ne pense qu’à éliminer ce qui le dérange. S’il n’y avait plus d’occasion d’éprouver de la jalousie, il serait un peu rassuré, plus tranquille. Mais l’équilibre qu’il recherche est extrêmement fragile parce qu’il repose sur l’immobilité ; une caractéristiques très difficile à obtenir chez les êtres vivants ! Quoi qu’il fasse, ses besoins continueront d’exister et ceux de Martine également. Il n’aura donc pas le choix de s’en occuper s’il veut que la jalousie disparaisse.

Richard ne vit pas dans un pur désert émotif. Martine a souvent des manifestations d’affection à son égard. Toutefois, lorsqu’elle lui manifeste de l’amour, il ne la croit pas sincère et ne peut s’empêcher d’émettre des critiques : son amour n’est pas assez fort, le moment était mal choisi ou encore, il trouve un défaut dans sa manifestation.

4. Le refus

Richard est comme toute personne qui n’assume pas ses besoins, il est incapable de recevoir. Cette difficulté à combler ses besoins affectifs ajoute donc à ses raisons d’être jaloux. Non seulement il est incapable de s’avancer lui-même ouvertement pour prendre ce dont il a besoin, mais encore, il ne peut profiter de ce qu’on lui offre. Cette limite de Richard n’améliore pas non plus sa relation de couple car, de son côté, Martine souffre de son manque de réceptivité. Elle est de moins en moins encline aux manifestation d’affection car elles sont toujours repoussées et souvent l’occasion de nouveaux reproches.

Mais Richard ne cherche pas davantage à comprendre sa difficulté à recevoir qu’il ne s’intéresse aux raisons intérieures de sa jalousie. Comme nous l’avons vu plus haut, il fait porter la responsabilité de son manque de réceptivité à Martine.

Richard est dans une telle impasse qu’il pense souvent à quitter Martine. Il souffre du mal qu’il lui fait. Il rêve d’une vie avec une femme qui l’aimerait davantage. Mais dans son for intérieur il ne veut absolument pas la séparation.

Un tel désir de continuer à être en relation malgré l’insatisfaction correspond souvent à un évitement de la solitude. Mais il est aussi possible que Richard tienne vraiment à Martine. Cependant, il ne lui exprime pas cet attachement plus qu’il ne parle du reste de son vécu. Au lieu de cela, il cherche chez elle des preuves qu’elle l’aime. La preuve suprême serait sans doute qu’elle n’ait de penchant pour personne d’autre.

5. Sommaire

L’exemple de Richard et Martine met en lumière les caractéristiques de l’existence jalouse. Les deux partenaires s’abstiennent de communiquer ce qu’ils vivent vraiment. Richard parle des agissements de Martine et cette dernière n’est loquace que pour s’expliquer, se justifier et se plaindre des méfaits de la jalousie.

Chacun cherche essentiellement à contrôler ce que vit l’autre. Martine s’explique pour atténuer la jalousie ; elle se contrôle dans ses gestes pour éviter de l’attiser. Quant à Richard, il dénonce sa femme pour qu’elle cesse de faire ce qui l’irrite et se contient autant qu’il peut de lui faire des remarques. En général, il s’échappe lorsque la colère de sa jalousie est trop intense.

Paradoxalement, il n’applique pas le contrôle là où il aurait un certain avantage à le faire, c’est-à-dire sur ses fantasmes. Il alimente au contraire sa jalousie, même à partir des explications de Martine. Parfois il pense qu’il est "masochiste".

En fait, l’acharnement qu’il met à cultiver sa jalousie peut être vu comme une force mal orientée. La tendance actualisante qui pousse les êtres vivants à combler leurs besoins est bel et bien active chez Richard. Elle le presse à s’occuper des besoins affectifs en souffrance.

Mais l’inconscience de Richard par rapport à la nature de ses besoins l’amène à choisir une mauvaise cible. Ainsi, il utilise l’agressivité alimentée par ses manques pour contrôler Martine, c’est-à-dire pour développer sa jalousie plutôt que pour combler ses besoins.

De ce point de vue, Richard ressemble au phobique qui cherche à "contrôler" sa phobie plutôt que de la considérer comme le symptôme indiquant qu’il néglige un aspect important de sa vie. Ce faisant, il consacre son énergie uniquement à surmonter sa panique (encore par le contrôle) plutôt qu’à régler le véritable problème.

On peut facilement comprendre pourquoi la jalousie vécue à la façon de Richard et Martine ne pourra jamais donner de bons résultats. Non seulement la jalousie ne disparaîtra pas, mais elle augmentera. Quant à la vitalité du couple, elle s’amenuisera de plus en plus.

C- La source de la jalousie

Nous l’avons vu, ce ne sont pas les comportements du conjoint qui sont à l’origine de l’existence jalouse ou de la jalousie morbide, mais ce sont des lacunes au plan des besoins affectifs et une déficience dans la gestion de ces besoins. Plus précisément, la jalousie apparaît lorsqu’il y a à la fois carence affective et refus obstiné de se mobiliser pour combler cette insuffisance.

Que la carence soit importante et date de l’enfance n’a pas d’importance en soi. Ce qui importe, c’est que le jaloux n’arrive pas à s’occuper adéquatement de ses manques actuels. Il est donc normal que sa jalousie soit activée lorsqu’il voit son conjoint donner à un autre (même parfois ses propres enfants) ce que lui-même désirerait recevoir.

De plus, l’absence de satisfaction peut amener le jaloux à rêver de situations où ses besoins seraient comblés. Mais il n’assume pas les fantasme d’infidélité qui naissent en lui. Il les projette plutôt à l’extérieur en les attribuant à son conjoint. Il est capable de faire cette projection en toute inconscience parce qu’il est incapable d’assumer l’ensemble de son expérience de vie amoureuse : ses manques, ses désirs et les fantasmes qu’ils suscitent. La projection sert alors de moyen pour se défendre contre sa propre expérience qu’il n’est pas disponible à assimiler. Elle lui évite d’avoir à tourner son regard vers l’intérieur pour se comprendre.

D- Comment sortir de la jalousie

En gros on peut affirmer que c’est le contraire du camouflage et du contrôle qui permet de corriger une existence jalouse. Voyons en quoi cela consiste essentiellement, avant de l’examiner à travers un exemple.

1. Le conjoint

L’existence jalouse ne pourra pas prendre d’ampleur si le conjoint n’en est pas complice. Pour éviter d’y contribuer, il doit devenir conscient de ce qu’il vit. S’il est infidèle d’une manière ou d’une autre, il importe qu’il identifie les besoins qu’il comble dans cette autre relation. Il faut également qu’il assume ses sentiments autant que ses désirs et ses actes. Enfin, il doit être prêt à parler ouvertement de tout cela à son conjoint.

Le jaloux tente toujours de rendre l’autre responsable de ses souffrance et de la détérioration de la relation. Conséquemment, le conjoint doit résister fermement à prendre sur lui les responsabilités qui ne lui appartiennent pas. Il doit même s’efforcer de remettre à l’autre celles qui lui appartiennent.

Il doit aussi refuser d’être coupable là où, selon sa conscience, il ne l’est pas. Mais dans la mesure où ses sentiments et ses actes sont assumés, il est peu perméable à la culpabilité.

Enfin, le conjoint doit être convaincu que la première fidélité est celle qu’il se doit à lui-même. Ce qui signifie que sa vitalité de même que celle du couple est tributaire de sa fidélité à son expérience totale. La manipulation a peu de prise sur celui qui tient avant tout à se respecter.

2. Le jaloux

La première chose que le jaloux doit faire pour sortir de son existence jalouse, c’est exactement ce qu’il s’abstient généralement de faire, c’est-à-dire chercher les motifs personnels de sa jalousie. Ce n’est pas une tâche facile, mais c’est une démarche essentielle pour régler le problème de la jalousie morbide. En général la psychothérapie s’impose pour ce travail car il manque sérieusement de lucidité et de responsabilité par rapport à son expérience.

Cette recherche personnelle lui permet d’abord d’identifier ses besoins insatisfaits. Elle favorise aussi une meilleure compréhension des comportements aberrants qu’il considère habituellement comme de bonnes façons d’obtenir satisfaction. C’est également une occasion de reconnaître ses responsabilités concrètes dans la satisfaction de ses besoins.

Enfin, cette recherche met en lumière ses résistances à assumer ses besoins devant son conjoint, de même que les peurs que sous-tendent ces résistances. Avec l’aide de la psychothérapie, il peut explorer ses résistances et ses peurs, une condition indispensable pour les affronter efficacement et sortir de son existence jalouse.

3. Un exemple

L’exemple qui suit donne un aperçu plus concret d’une situation où le conjoint n’est pas complice d’une existence jalouse, fait montre de transparence et tente de faire apparaître les vrais problèmes.

Vincent a une maîtresse depuis quelque temps. Son épouse Véronique, qui avait des soupçons, l’a finalement découvert. Depuis, leur vie est devenue tellement pénible qu’ils pensent tous deux à se séparer.

Leur vie conjugale n’était pas satisfaisante depuis déjà plusieurs années quand Vincent s’est engagé sur la voie des amours secrètes. Secrètes parce qu’il craignait que les réactions de Véro lui rendent la vie impossible. Secrètes, parce qu’il n’a plus envie d’investir dans sa relation avec elle. N’eût été des enfants, il aurait opté pour la séparation quelques années auparavant.

Depuis qu’elle sait, Véronique a beaucoup changé. Elle veut reconquérir Vincent et ne ménage pas ses efforts pour y arriver. Elle tient maintenant compte de plusieurs reproches que Vincent lui faisait depuis quelques années. Son mari reconnaît ces changements, mais il n’est pas tellement touché car Véronique n’a pas changé sur ce qu’il lui reproche de plus important : elle cherche encore trop à le contrôler.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a aujourd’hui une maîtresse. Il ne l’a pas cherchée. Ce fut même une surprise pour lui d’être soudainement aussi attachée à cette femme qu’il connaissait depuis longtemps. Avec elle, il a l’impression de pouvoir être lui-même sans subir continuellement des reproches... enfin, de pouvoir respirer son air à lui.

Devant l’infidélité de son mari, Véronique choisit encore le contrôle : elle surveille ses allées et venues, l’interroge, fouille dans son agenda, s’informe (à peine discrètement) auprès de ses collègues ou de sa secrétaire (elle est allée jusqu’à faire des menaces à sa maîtresse). Lorsque le vase déborde, elle fait une scène de jalousie dans laquelle elle le presse de cesser de voir son amante. Comme cela ne réussit pas, elle tente de le manipuler en l’accusant d’être responsable de l’atmosphère de la maison et du malheur des enfants.

Quand les choses vont mieux, elle le presse aussi d’investir dans leur relation. En guise de stimulation, elle invoque le bonheur des enfants et les bons moments du passé. Elle lui promet qu’il sera très heureux avec elle (comme avant), s’il consent à laisser sa maîtresse.

Véronique ne se mobilise pas vraiment pour reconquérir la place qu’elle souhaite auprès de son mari. Au contraire, elle lui demande de sacrifier ses besoins : elle exige qu’il renonce à ce qu’il va chercher auprès de sa maîtresse.

De son côté, elle fait des promesses vides. En vérité, elle ne peut l’assurer qu’ils seront heureux. Avant d’en arriver là, ils ont plusieurs problèmes à résoudre concernant ses insatisfactions et celles de son mari. Elle ne propose rien pour régler ces problèmes.

Vincent n’accepte pas de réinvestir avec elle sur la base de ces promesses. Il le lui dit clairement, réaffirmant qu’il ne trouve pas ce qu’il cherche avec elle. Il ne cesse pas pour autant de voir sa maîtresse et il ne s’en cache pas. Il a déjà expliqué à Véronique qu’il trouvait chez celle-ci ce qu’il a vainement attendu d’elle pendant plusieurs années : une personne qui l’écoute et qui cherche à le comprendre ; une personne avec laquelle il n’a pas toujours à se battre pour pouvoir être lui- même parce qu’elle ne cherche pas continuellement à le "mettre à sa main" pour son propre confort.

Véronique sait donc que Vincent est encore insatisfait, mais elle ferme les yeux sur la raison qui l’éloigne d’elle : son incapacité à le laisser vivre, à recevoir ce qu’il dit, à le supporter dans ce qui lui importe à lui, même si cela la contrarie... Il s’agit en somme de son attitude de contrôleuse. Mais Véronique ne s’arrête pas suffisamment sur elle-même pour constater à quel point ce que dit Vincent est vrai. Elle a mal, elle est en manque, elle est inconfortable dans la situation actuelle et tout ce qu’elle veut c’est que cela disparaisse.

Vincent affronte sa femme pour qu’elle fasse un minimum d’introspection. Mais ce n’est pas ce qui intéresse Véronique à priori. Elle n’a qu’un objectif en tête : retrouver le genre de vie qu’ils avaient autrefois. Elle se souvient avec nostalgie de leur première année de vie commune où il était très amoureux d’elle. Elle était le centre de son univers et cela la comblait. Lorsqu’il s’est quelque peu détaché, graduellement après la lune de miel, elle s’est montrée tantôt dépressive, tantôt agressive. Elle le rend responsable de ses moments dépressifs et de son attitude agressive.

Ce que Véronique désire c’est de retrouver son confort. Elle n’accepte pas de ne plus être le centre d’intérêt de Vincent comme elle l’était au début de leur relation. À cette époque, elle n’avait rien à faire pour obtenir toute cette place. Elle n’accepte pas l’idée qu’elle ait maintenant à se mobiliser pour être plus importante aux yeux de Vincent. Elle ne reconnaît pas qu’il a évolué et qu’il désire vivre auprès d’elle en étant "distinct" et non "fusionné" comme autrefois. La réalité a changé mais elle cherche encore la solution dans les anciennes façons de faire.

Pourtant, elle pourrait retrouver un contact nourrissant avec Vincent si elle prenait les moyens nécessaires. Il lui faudrait d’abord devenir consciente de la façon dont elle "aime" Vincent de même que de sa manière inappropriée de se faire aimer de lui. Cela l’amènerait à travailler sur son réflexe de contrôler l’autre pour éviter (contrôler) ce qu’elle vit. Véronique deviendrait alors plus vivante et moins "accrochée" à l’autre. Elle deviendrait ainsi capable d’accepter que Vincent puisse avoir une existence qui lui est propre.

Conclusion

La jalousie, lorsqu’elle devient un mode relationnel, est l’arme la plus puissante pour détruire radicalement une relation et aliéner les deux personnes qui y sont impliquées. Parce qu’elle mise essentiellement sur l’évitement d’un dialogue sincère, sur la fuite des responsabilités de chacun devant la satisfaction de ses besoins et sur une tentative de contrôle motivée avant tout par le déni de son expérience réelle, l’existence jalouse est une recette infaillible pour conduire au malheur.

Mais si on choisit de regarder vraiment les problèmes importants et les insatisfactions graves qu’elle reflète, la jalousie peut devenir la manifestation de nos forces vitales les plus profondes. Si on repousse la tentation du contrôle illusoire et si on choisit la voie de la conscience lucide, la jalousie devient l’alliée de la relation, le signal qui permet de résoudre les problèmes avant qu’il soit trop tard.

Vos questions et nos réponses
Question : Assumer ses fantasmes d’infidélité

Dans la partie C de "La Jalousie amoureuse" - La source de la jalousie - je lis ceci : " ...Mais il (le conjoint jaloux) n’assume pas les fantasme d’infidélité qui naissent en lui. ....... il est incapable d’assumer l’ensemble de son expérience de vie amoureuse : ses manques, ses désirs et les fantasmes qu’ils suscitent."

J’aimerais avoir plus d’explications sur le sens de ces 2 phrases. Qu’entendez-vous par “assumer ses fantasmes d’infidélité” ? S’agit-il de passer à l’acte et d’être infidèle ? Parlez vous ici de fidélité et d’infidélité sexuelle, amoureuse, sentimentale, ou toutes à la fois ?

Réponse

Infidélité sexuelle, amoureuse ou sentimentale ?

L’infidélité dont il est question dans ce contexte est surtout de nature sexuelle. Mais il s’agit d’une expérience complexe qui rejoint la relation amoureuse et sentimentale tout autant que l’activité sexuelle proprement dite. L’importance relative de ces volets est très différente d’une personne à l’autre et encore plus d’un couple à l’autre. Selon la façon dont chacun conçoit la vie de couple et selon les ententes explicites ou implicites entre les partenaires, le conflit prend une coloration bien différente.

Par exemple, un couple marié où les époux se sont juré une fidélité sans compromis traite facilement toute pensée lubrique suscitée par quelqu’un d’autre comme une faute grave qui doit cesser sans délai. Un autre couple où les partenaires veulent cheminer ensemble aussi longtemps que la relation les satisfait et leur permet de s’épanouir tolère plus facilement les tentations d’infidélité dans la mesure où elles ne conduisent pas à une relation sexuelle avec un tiers. Un troisième couple vivant dans une commune pourrait facilement tolérer les activités sexuelles avec d’autres partenaires tant que le lien de confiance ou l’attachement sentimental reste intact.

Dans chaque cas, ce sont les deux partenaires qui contribuent à définir les limites de la fidélité. Ils le font à travers un dialogue ouvert sur la question ou au moyen de messages implicites et de réactions indirectes en situation. Que la négociation soit explicite ou non, les conjoints arrivent, après un certain temps, à une définition commune qui, en principe, doit être respectée. Les conclusions communes sont plus claires et plus précises lorsque le dialogue se fait ouvertement, mais elles ne sont pas moins fortement investies (bien au contraire) dans les cas où la discussion se déroule à travers les événements de la vie. Si un des conjoints transgresse ces limites communes, on peut s’attendre à des réactions très fortes de son partenaire.

Mais tout ce qui précède n’a presque rien à voir avec la jalousie dont il est question dans l’article. Le fait que les clauses du contrat (implicite ou explicite) soient transgressées provoque naturellement des réactions fortes et une crise de confiance dans le couple. Il s’agit de réactions “après le fait” et non de réactions “préventives” comme on en voit toujours dans la jalousie amoureuse. Ce n’est pas vraiment de la jalousie, mais de la colère, de la déception, du ressentiment ou un effort de vengeance.

Les fantasmes d’infidélité dans la jalousie amoureuse

Lorsqu’un besoin demeure trop peu satisfait, il suscite naturellement l’apparition d’émotions dont la fonction est de signaler le déséquilibre. Si la carence persiste, particulièrement lorsqu’elle se combine avec une inhibition, on voit apparaître des fantasmes reliés au besoin inassouvi. Ces produits de l’imagination servent à indiquer encore plus clairement la nature de l’insatisfaction et du besoin, ainsi que la direction à suivre pour remédier à la situation. Le fantasme peut être comparé à une image ou un film qui nous suggérerait une façon concrète de répondre au besoin. Un peu comme un mirage qui apparaît au voyageur assoiffé dans le désert.

Tout comme le mirage, le fantasme est une illusion. Il ne s’agit pas d’une action réelle, ni d’un projet d’action, ni même d’une façon adéquate de répondre au besoin. Il s’agit d’un message nous rappelant qu’il est urgent de trouver rapidement une solution au déséquilibre actuel. Le fantasme d’infidélité nous indique l’intensité de notre manque ; il est un messager du besoin et du désir.

L’intensité de la jalousie découle souvent de la gravité du manque de satisfaction sexuelle ou amoureuse. La personne jalouse devient extrêmement sensible à toute possibilité de satisfaction qui pourrait s’offrir à son partenaire. Elle reste constamment à l’affût et imagine souvent des “tentations” que l’autre ne voit même pas. Les protestations et les preuves de fidélité restent sans effet, car elles n’apaisent pas les manques de celui qui les reçoit. En effet, ce n’est pas de sécurité dont il a besoin, c’est de satisfaction.

Mais la personne jalouse ignore souvent (volontairement ou non) ses propres désirs. Elle les cache non seulement à son conjoint, mais aussi à elle-même. Incapable d’envisager de se satisfaire réellement, elle entreprend d’éradiquer toute apparence de désir chez son partenaire. Mais comme elle ne parvient pas à neutraliser vraiment son propre besoin, elle persiste contre toute évidence à soupçonner l’autre de rechercher les satisfactions ailleurs.

Que faire avec ces fantasmes

Comme l’émotion, le fantasme est une invitation de l’organisme à combler un besoin trop insatisfait et insuffisamment assumé. C’est l’inhibition qui constitue le coeur de la jalousie et cette dernière diminue rapidement lorsque les besoins et les désirs sont mieux assumés.

Mais comment assumer ses fantasmes d’infidélité ? Faut-il les concrétiser dans une aventure extraconjugale ou dans une relation amoureuse avec quelqu’un d’autre ?

Assumer un désir n’est pas synonyme de le réaliser. Ce qui est vraiment nécessaire pour assumer un besoin, un désir, une émotion ou un fantasme c’est premièrement de se l’avouer clairement et, secondairement de l’affirmer ouvertement avec les personnes directement concernées. Se l’avouer implique qu’on le reconnaisse comme réel, avec toute son importance et son intensité. L’affirmer exige qu’on le fasse connaître comme une expression d’une dimension importante de soi-même dans la situation actuelle.

Une aventure extraconjugale ou une nouvelle relation amoureuse pourraient parfois contribuer à la première dimension : s’avouer son besoin avec toute son importance et son urgence. Mais elle ne contribuerait pas aussi substantiellement à la deuxième qui exige qu’on le reconnaisse ouvertement devant la personne concernée en tant qu’une dimension importante de ce qu’on est. Comme la personne concernée est celle que le jaloux accuse d’infidélité, il est rare qu’une aventure soit un bon moyen d’assumer son besoin devant l’autre (à plus forte raison si on garde le secret sur l’aventure).

Le passage à l’acte n’est pas la solution la plus efficace. C’est par l’expression complète qu’on réussit à assumer le fantasme et à récupérer les besoins qu’il servait à nous rappeler. C’est l’équivalent de l’action unifiante telle que définie dans la description du processus vital d’adaptation.

Nous constatons en psychothérapie que la personne jalouse change rapidement d’attitude lorsqu’elle commence à assumer plus complètement les besoins qui sont à la source de ses fantasmes jaloux. Le fait de reconnaître son besoin au lieu de l’attribuer à son partenaire est particulièrement important dans cette démarche car il remplace l’inhibition du besoin. Consentant mieux à éprouver ses désirs, la personne n’a plus autant besoin de les remplacer par des complots imaginaires et des soupçons incessants. Si elle parvient à les affirmer ouvertement dans la relation avec son conjoint, elle contribue en plus à enrichir la relation et à la rendre plus satisfaisante pour les deux. Elle renouvelle ainsi la vitalité de cette relation que la jalousie avait souvent ébranlée.

Question : Jalousie et rivalité dans le couple

Dans le couple, que dire de la jalousie à l’égard de son partenaire, pas forcément autour de son intérêt pour l’autre sexe, mais plutôt, par exemple, à l’égard de sa réussite, de son succès, ou autour de choses plus banales comme de son aisance à parler avec les autres, à aller vers les inconnus lorsque soi-même on est tétanisé, etc. Est-ce « normal » ? À quoi est-ce dû ?

Réponse

Nous pouvons vivre de la jalousie à l’égard de n’importe qui, y compris des personnes qui sont aussi proches de nous et aussi précieuses que notre partenaire de vie ou un parent. Il n’est pas rare qu’un enfant soit jaloux d’un de ses parents et inversement. Il n’y a rien d’anormal dans le fait de vivre cette émotion.

La jalousie consiste à envier un attribut, un statut, une habileté, des possessions ou même des qualités morales de quelqu’un. Mais outre l’envie, il y a dans la jalousie une colère à l’égard de celui qui possède ce que l’on envie. Cette colère peut être vécue sous forme de révolte : « C’est injuste qu’il soit né dans une famille bien nantie alors que moi j’en ai arraché toute ma vie ! » « Ma mère est trop belle ; elle m’enrage ! » Elle peut aussi se manifester par le mépris : « Elle n’est pas meilleure que nous ; sa promotion, elle la doit à ses jupes courtes ! » Ou encore « Il a du succès en affaires, mais c’est un pauvre mec ! »

La colère contenue dans la jalousie peut être très intense. On entend parfois des énoncés comme « son succès m’enrage », « sa facilité à établir des contacts me rend furieux » ou « sa facilité à apprendre m’exaspère ! »

Ce n’est pas le vécu jaloux qui est problématique. Mais la façon de le vivre peut empoisonner, voire détruire la relation, ou, à l’opposé, la rendre stimulante et en faire une occasion de croissance. Voyons ce qui peut produire l’un et l’autre de ces résultats.

Le choix de l’émulation

Nous pouvons toujours mettre l’énergie de la colère au service de l’acquisition de ce que nous envions à l’autre. Dans ce cas, notre jalousie contribue à augmenter notre satisfaction. Non seulement sommes nous alors plus satisfait mais en plus nous faisons une acquisition.

Par exemple, imaginons que je me croie incapable de rivaliser avec la beauté de ma mère qui attire tous les regards. Si j’envie sa popularité, je peux tenter d’attirer l’attention avec des atouts différents. Je peux avoir une allure telle que je ne passe pas inaperçue. Ou encore, je peux travailler à la dépasser dans des secteurs qui sont davantage les miens.

Une compétition franche

Une compétition franche peut rendre notre cheminement plus facile. Elle nous amène en effet à faire face directement à la réalité brutale de notre jalousie et à nous en servir plutôt que de chercher à nous neutraliser. De même, si la personne que je jalouse est un proche, je peux lui avouer ce que j’envie et la colère qu’elle m’inspire. Si j’évite alors de l’accuser ou de lui reprocher ma carence, je peux au contraire me laisser influencer par elle, chercher chez elle l’inspiration nécessaire pour obtenir ce que je veux.

Plusieurs personnes veulent éviter une telle transparence parce qu’elles se sentent humiliées par le fait de reconnaître leur manque ou même leur aspiration. Mais les dangers de la jalousie secrète sont si grands qu’il vaut la peine de prendre le risque d’abîmer quelque peu son ego en se révélant.

Le choix de la destruction

À l’inverse, nous pouvons toujours faire des choix qui nous garantissent des résultats destructeurs. Deux options de ce genre sont particulièrement fréquentes (et souvent adoptées ensemble). La première consiste à dissimuler sa jalousie et la seconde à éviter de consacrer l’énergie de la colère à l’obtention de ce qui est envié. Dans ce dernier cas, la colère est utilisée au contraire pour essayer de détruire le partenaire sur l’aspect jalousé. Voyons ce qui en est à travers un exemple.

Le sabotage du jaloux

Sabine et Charles vivent en couple et ils possèdent en commun une entreprise qui les amène à faire des présentations conjointement. Ils ont chacun leur spécialité et présentent des volets différents de leur produit, mais ils doivent faire ces présentations ensemble. Sabine a beaucoup plus de facilité que Charles dans ce genre d’exercice. Sa personnalité et son expérience, supérieures à celles de son conjoint dans ce domaine, font qu’elle suscite d’avantage d’intérêt pour le produit et plus de ventes.

Aux premières présentations, Sabine sortait stimulée et contente de sa performance. Charles se montrait plutôt maussade et critique. Malgré le succès incontestable de leur présentation, il ne cessait de souligner des défauts dans la prestation de Sabine. Leurs échanges tournaient invariablement en dispute, Sabine se demandant souvent ce qui se passait réellement. À ses yeux, ils auraient dû être tous deux heureux de la tournure de ces rencontres. Elle en vint à craindre « l’après » présentation.

Au bout d’un certain temps, ce n’est plus « l’après » que craignait Sabine mais la prestation elle-même. En effet, toute concentrée dans ses explications il lui arrivait de rencontrer les yeux de son mari et d’y voir une lueur d’irritation. Cela la troublait, mais elle s’efforçait de ne pas se laisser déranger. Il n’était pas rare aussi que, pendant les présentations, Charles fît des blagues qui la mettait en cause et la rendaient mal à l’aise ou qu’il lui lançât des pointes qui la déstabilisaient. Elle en vint à vouloir qu’ils fassent des présentations séparées même si elle savait que ce choix était onéreux pour leur entreprise.

La forme malsaine de la jalousie nous amène à agir pour faire disparaître ce qui menace notre confiance. Il s’agit d’éliminer chez l’autre ce qui nous renvoie une image négative de nous-même. Une forme très destructrice de sabotage dont les deux partenaires sortent perdants.

Chaque fois que Charles comparait sa performance à celle de Sabine, il se trouvait inférieur. Au lieu d’accepter leurs différences de style ou de chercher à améliorer sa présentation pour obtenir des résultats comparables à ceux qu’obtenait Sabine, il s’employait sournoisement à la saboter. Ces tactiques de Charles ont d’abord nui à la satisfaction de Sabine. Mais elles auraient bien pu provoquer une destruction plus importante si elle avait choisi de se « mutiler » plutôt que de séparer leur travail.

La renonciation du jalousé

Il arrive souvent que, devant ce sabotage plus ou moins camouflé, la personne jalousée choisisse de se conformer au désir apparent de l’autre. Dans l’espoir d’apaiser son partenaire ou même de sauver leur relation, elle renonce alors à exercer la qualité qui lui attire cette envie.

Sabine devait trouver une solution à la détérioration de leur climat de travail. Elle choisit simplement de s’organiser pour ne plus travailler avec son mari, même s’il s’agissait d’une méthode moins efficace.

Une personne moins confiante aurait peut-être renoncé à se trouver au premier plan lors des prestations. Constatant que sa façon d’être déplaisait à son partenaire, elle aurait alors tenté de modifier son style, de se faire plus discrète, renonçant ainsi au charisme qui la caractérisait. Elle aurait fait ce choix dans le but de protéger leur relation, pensant éviter les altercations si elle protégeait ainsi l’image de soi de Charles.

C’est un choix de ce genre que la personne jalousée est tentée de faire pour protéger l’autre d’une évaluation négative de lui-même. C’est un des effets les plus pernicieux de cet effort d’évitement. Contrairement à ce qu’on espère obtenir par ce sacrifice, un tel choix ne réussit aucunement à épargner la relation car la personne est déjà atteinte par l’agressivité destructrice de son partenaire et sait déjà, au moins confusément, que ce dernier est capable de la blesser délibérément pour éviter de faire face à un défi ou de subir une blessure narcissique.

La perte de confiance du jalousé

La perte de confiance est un autre effet pervers très fréquent de cet évitement. La personne s’inhibe alors volontairement, ce qui l’amène à obtenir de moins bons résultats. Elle en vient peu à peu à perdre confiance dans ses capacités.

Une autre personne que Sabine aurait pu perdre sa confiance. Si Sabine n’avait pas changé la situation, elle aurait petit à petit accumulé les échecs. Troublée par les réactions de son partenaire, elle aurait emprunté un style qui ne lui convenait pas et ne pouvait donner les mêmes résultats que sa manière personnelle. Cette destruction aurait bien pu être un autre effet pernicieux de la colère mal orientée de Charles.

La perte d’estime du jalousé

Dans certains cas, la rivalité d’un conjoint est à l’origine d’une dynamique pathologique dans le couple. Cette dynamique peut prendre la forme de violence psychologique dans laquelle l’estime de chacun se consume peu à peu. C’est le cas lorsque le partenaire jalousé n’est pas suffisamment sûr de ce qu’il éprouve pour oser dénoncer les attaques pernicieuses de son conjoint.

La victime est alors particulièrement vulnérable parce que deux éléments se combinent pour la menacer. Premièrement, elle ne possède pas la liberté intérieure d’être elle-même et deuxièmement elle se croit entourée de sympathie car c’est son conjoint qui est secrètement son rival. Dans ce contexte, elle a beau se révolter et se défendre, chaque attaque (tentative de démolition, injure perverse, attitude méprisante, critiques indues...) endommage davantage son image d’elle-même. Et en plus, parce qu’elle est consciente de sa dépendance à l’égard de son "bourreau" ainsi que de sa passivité face aux aspects intolérables de la relation, la victime perd petit à petit son estime de soi.

La perte d’estime de soi du jaloux

Mais la personne jalousée n’est pas la seule victime de ce sabotage systématique. Le jaloux en subit également les effets nocifs. Contrairement à ce qu’il espérait, son estime de lui-même n’est pas du tout rehaussée, bien au contraire.

Malgré son action indirecte, Charles n’est dupe ni de sa rivalité, ni de sa mesquinerie à l’égard de Sabine. Toutes ses rationalisations ne lui évitent pas les blessures à son estime de soi chaque fois qu’il choisit l’attaque destructrice plutôt que de relever le défi de croissance. S’il persiste dans son évitement et si Sabine choisit de se restreindre, il y a fort à parier que leur relation ressemblera de plus en plus à celle de nombreux couples aigris qui s’accusent sans cesse mutuellement d’être responsables de l’échec de leur vie.

Question : Il m’ignore pour ses amis

J’accompagne mon ami, un passionné de musique, aux "jam sessions" qu’il fait avec ses copains. Mais alors, il me délaisse pour ne se consacrer qu’à la musique (et à eux). J’ai bien essayé de m’intégrer dans le groupe, mais sans résultat. Lui-même fait comme si je n’étais pas là et il dit que c’est à moi de m’intégrer. On se dispute là-dessus et malgré nos bonnes résolutions, il réagit toujours de la même façon. Je suis donc devenue jalouse de ses copains et je ne veux plus les voir. Mais je suis consciente que je le prive d’une certaine liberté car je lui impose de choisir entre ses copains et moi. Je sais aussi que cela empoisonnera notre relation

Je tiens à ma relation avec cet homme. Que faire avec ma jalousie ?

Réponse

La source de la jalousie n’est pas dans le comportement de l’autre. Ma jalousie ne naît pas du fait que mon ami ne me porte pas attention ou ne facilite pas mon intégration dans son groupe. Par contre, cette situation est l’occasion de faire apparaître ce qui est à la source de ma jalousie.

Il faut d’abord identifier la symbolique du geste. Que signifie pour moi qu’il me délaisse pour se concentrer sur sa musique ? Que signifie pour moi qu’il établisse une complicité avec ses amis plutôt qu’avec moi ? S’il est difficile de répondre à ces question dans cette forme, je puis renverser la question ainsi : que signifierait à mes yeux qu’il s’active à me faire une place dans son groupe et qu’il soit aussi complice avec moi ?

Vraisemblablement, ma réponse impliquera un besoin affectif. Par exemple, la symbolique pourrait être la suivante : ses efforts constitueraient une preuve non seulement de mon importance à ses yeux mais aussi du fait que j’occupe la première place dans son coeur. Voyant que la musique et la complicité avec ses amis passent avant son intérêt pour moi et mon confort, j’en viens à penser que je ne suis pas très importante pour lui que je passe en second. Il est vrai que dans la situation présente je n’occupe pas la première place dans ses intérêts... et je généralise cet état de fait. C’est par insécurité que je fais cette extrapolation ; parce que je ne suis pas certaine de mon importance à ses yeux. Je fais cette interprétation aussi parce que je tiens à lui et donc, à ce qu’il m’aime.

Il est possible que la jalousie que je vis présentement enlève tout leur poids aux nombreuses preuves que j’ai souvent de mon importance pour lui. C’est souvent ce qui arrive lorsque l’insécurité est très grande.

Il est possible aussi que la situation présente ne fasse qu’exacerber un état de fait qui me fait souffrir. Par exemple, si je ne suis pas aimée de lui autant que j’en ai besoin et que je le souhaite.

Pour la santé de notre relation, la solution la plus néfaste qu’on puisse adopter serait d’exercer un contrôle quelconque pour qu’il ne voit plus ces amis. C’est la tentation généralement la plus forte dans la jalousie : celle d’éliminer l’occasion (qu’on considère habituellement à tort comme la "source").

Il est facile d’imaginer le scénario si j’opte pour cette solution et si mon ami y consent. Frustré d’être privée de quelque chose qu’il aime, il m’en tiendra rigueur. Cela est d’autant plausible si, de son côté, son intérêt pour la musique et sa complicité avec les copains ne sont pas incompatibles avec l’amour qu’il me porte.

Quelle est la bonne solution alors ?

Révéler le besoin au lieu de le camoufler

Remplacer les reproches concernant les "gestes" par l’expression du besoin. Par exemple : "Je suis jalouse de l’importance que tu donnes à tes amis et ta musique. Je passe au dernier plan dans tes intérêts et j’ai l’impression de ne plus compter pour toi. C’est difficile à vivre car je veux au contraire être la personne la plus importante pour toi ! Je t’aime et je veux non seulement que tu m’aimes, mais je veux en plus être la personne la plus importante de ta vie."

Même si j’ai déjà exprimé ce besoin, il faut que je l’exprime de nouveau. En fait, il me faut le révéler à chaque fois qu’il est en cause, c’est-à-dire à chaque fois qu’il est à l’origine de ma réaction. (Oui c’est compromettant ! Et n’est-ce pas justement ce que j’attends de mon ami, soit qu’il se compromette à mon égard ?)

Le fait que l’autre connaisse ce besoin n’est pas non plus une raison d’éviter de l’exprimer. Ce qui permet de résoudre le problème de la jalousie c’est en partie l’expression de ce besoin.

Et c’est aussi en faisant moi-même l’effort d’occuper la place que je désire que je réussirai à dépasser la jalousie. Mais il est possible que je ne réussisse pas à obtenir cette place. Il y a des moments, en effet, où je ne suis pas son centre d’attraction. À certains moments, la musique et les copains qui partagent cette passion deviennent son principal centre d’intérêt. Devant mon peu de chance de gagner cette compétition, je pourrais aussi décider de me retirer. Dorénavant, je n’assisterai pas à leurs séances de musique. Je les considérerai comme étant une situation qui leur est propre.

Il y a fort à parier que si je réussis à exprimer mon besoin lorsqu’il est présent, je pourrai me retirer de cette compétition sans amertume et sans culpabiliser mon ami. J’aurai alors résolu ma jalousie en reprenant possession de mon besoin.

Question : J’aimerais tellement avoir confiance

Moi aussi je suis jalouse et c’est un sentiment frustrant. J’ai beau faire attention, me dire que ça ne sert à rien, j’ai quand même la trouille que mon partenaire trouve quelqu’un d’autre mieux que moi. Pourtant il me prouve chaque jour qu’il m’aime, mais je pense quand même que son amour n’est pas aussi fort que le mien, j’ai l’impression d’être délaissée, incomprise ; je me pose un tas de question et tout ça me gâche la vie.

Alors, je ne sais pas qu’est-ce que je devrais faire pour arrêter de m’inquiéter chaque fois qu’on va à un endroit où il y a des filles. J’ai même parfois peur qu’il me laisse dans mon coin pour s’amuser avec ses amis. J’aimerais tellement être différente et avoir entièrement confiance, mais c’est plus fort que moi ! Que dois-je faire ?

Réponse

Dans la jalousie, le problème de confiance n’est pas celui qu’on croit reconnaître au premier coup d’oeil. On croit, à première vue, manquer de confiance dans la solidité des sentiments de l’autre. On craint qu’il ne nous soit pas fidèle ou même qu’il nous mente.

Mais en réalité, c’est en nous-mêmes que nous manquons de confiance. C’est pour cette raison que toutes les preuves d’amour restent sans effet sur la jalousie ; elles sont des réponses qui n’ont rien à voir avec la question.

La solution exige un long regard en nous-mêmes afin de comprendre les vraies sources du malaise. Ce n’est qu’après avoir compris quelle est la véritable question que nous serons en mesure d’y apporter des réponses réellement pertinentes, capables de changer notre expérience intérieure et de faire disparaître cette jalousie qui nous martyrise.

En examinant de très près l’inquiétude jalouse de diverses personnes, on constate que les questions sous-jacentes sont bien différentes d’un individu à l’autre. Voici un échantillon des questions qui peuvent être en cause :
- la force de l’amour
- la permanence des sentiments
- la solidité de l’engagement
- la capacité de résister au désir sexuel
- l’impression d’être peu intéressant ou trop terne
- la conviction d’être peu désirable
- l’inhibition découlant d’une gêne excessive
- une insatisfaction durable dans la relation.

On peut aborder chacune de ces préoccupations des deux points de vue : celui du conjoint (m’aime-t-il vraiment, est-il capable de résister au désir) et celui du jaloux (est-ce que je l’aime vraiment, suis-je capable de résister au désir). Plus souvent qu’autrement, la véritable question se trouve dans la deuxième version.

Dans tous les cas, la solution repose sur deux ingrédients essentiels :

- connaître clairement et précisément l’insatisfaction, le besoin ou l’insécurité qui est en cause dans notre expérience de jalousie ;
- assumer pleinement cette découverte et ce qu’elle implique (au lieu de la dissimuler en tentant de contrôler le comportement et l’expérience de notre partenaire).

Par contre, si nous croyons réellement que l’autre est avec nous par ignorance (il ne nous connaît pas) ou par charité (il n’ose pas nous quitter ou ne veut pas nous peiner), nous sommes dans une impasse à peu près insoluble. Seule une rupture pourrait être une solution réelle à ce problème à moins que nous changions radicalement d’opinion sur nous-mêmes.

Autrement, la solution essentielle consiste à devenir le partenaire le plus intéressant ou le plus valable de tous. Et pour cela, il faut se mettre en valeur et affirmer ce que nous sommes vraiment. Curieusement (ça semble presque magique), en essayant ainsi de devenir une personne précieuse, on gagne de la valeur à nos propres yeux et de la confiance en nous-mêmes. Notre peur diminue alors sans difficulté.

Les découvertes que permet ce regard sur nous-mêmes peuvent être étonnantes. Voici quelques exemples, accompagnés de solutions qui pourraient y correspondre (des actions dont le but serait de mieux répondre au besoin).

- Jalousie : j’ai peur qu’il soit attiré par une autre et me soit infidèle
- Besoin : je veux être aussi désirable que je l’étais au début de notre relation
- Action : j’agis de façon séduisante et j’exprime mon désir

- Jalousie : j’ai peur qu’il passe toute la soirée avec ses amis
- Besoin : je manque d’assurance dans ce groupe où je me sens étrangère
- Action : je prends l’initiative de parler à ceux qui me semblent intéressants

- Jalousie : je crois qu’il cherche à séduire cette fille
- Besoin : je voudrais bien séduire ce beau gars
- Action : j’invite ce gars à danser pour vérifier mon intérêt

- Jalousie : ça m’énerve qu’il accapare ainsi toute l’attention
- Besoin : je me trouve vraiment ennuyante et isolée
- Action : j’amorce une conversation avec quelqu’un qui m’intéresse

- Jalousie : il est distant et s’occupe de tous les autres avant moi
- Besoin : je suis insatisfaite de la faible qualité de notre contact
- Action : je choisis entre la rupture et un renouvellement majeur

Comme le fait voir cette série d’exemples, la solution repose toujours sur un changement dans notre façon d’agir ; un changement où nous osons afficher plus ouvertement ce qui nous importe et ce que nous voulons. Mais contrairement à ce que ces illustrations laissent croire, il ne s’agit pas d’une action unique et simple.

La réalité est plus complexe. C’est ce que permet de voir cet exemple plus élaboré (mais quand même très abrégé) d’une démarche de ce genre et des résultats qu’on peut espérer en obtenir.

Monique craint énormément les soirées où elle se rend avec Éric. Elle répète chaque fois le même manège malgré son désir sincère de se contrôler. Elle fait une scène avant de partir sous un prétexte quelconque et arrive à la fête furieuse contre Éric et contre toutes les femmes qui s’y trouvent. Elle passe la soirée à surveiller la façon dont il se comporte avec les autres et à se montrer hostile chaque fois qu’il l’approche. Ils sont toujours parmi les premiers à quitter la soirée et le retour à la maison se fait dans un silence glacial entrecoupé de soupirs impatients, mais sans les éclats habituels car Monique a décidé de cesser ses crises de jalousie et ses reproches mal justifiés.

Parce que tous deux souffrent vivement de cette situation et parce que Monique considère son attitude comme injustifiée, elle a décidé de travailler à y voir plus clair. En examinant ses préoccupations réelles et ce qu’elle ressent pendant ces soirées, Monique constate rapidement qu’elle craint une chose par-dessus tout : que son mari soit attiré par une autre. Elle s’inquiète depuis quelques temps du fait que leurs relations sexuelles soient moins satisfaisantes et plus rares. Elle se trouve moche avec les cinq kilos supplémentaires qu’elle a accumulés depuis un an et estime que les autres manquent vraiment de modestie dans leur façon de s’habiller. Et elle devient très triste en pensant à sa fierté de se montrer sexy il n’y a pas si longtemps.

Monique en arrive à une conclusion qui s’impose comme une évidence : elle se trouve trop moche pour garder son homme et craint de le perdre dès qu’elle cessera de le neutraliser. Elle constate en même temps qu’elle se neutralise encore plus et est devenue presque asexuée. Si leurs rapports intimes sont si tièdes, c’est en grande partie à cause de sa propre retenue. Elle décide de ne pas s’avouer vaincue sans avoir vraiment combattu.

Son plan d’action s’élabore peu à peu en cours de route. Au début, elle veut simplement être plus vivante au plan sexuel. Elle décide d’abord d’abandonner ses vêtements trop amples qui servent à dissimuler son corps, quitte à être un peu gênée de porter plus ouvertement ses rondeurs. Elle se cache moins et se montre plus sensuelle et plus affectueuse ave Éric.

Elle s’enhardit rapidement en constatant l’accueil enthousiaste de son mari. Un nouveau bijou met maintenant en valeur son petit bedon que ses nouveaux vêtements laissent souvent entrevoir de façon aguichante. Lors de la dernière soirée, elle a pris énormément de plaisir à danser avec plusieurs hommes charmants en plus de son conjoint. Elle se sent comme si elle avait rajeuni de dix ans et les relations sexuelles atteignent parfois une intensité qu’elle n’avait jamais connue auparavant. Éric aussi semble beaucoup plus vivant et énergique.

Cet exemple simplifié peut être trompeur en laissant croire que tout se déroule assez rapidement et sans heurt. En réalité, il s’agit d’une démarche qui peut facilement prendre six mois ou plus et qui comporte des reculs et des impasses en cours de route. C’est toujours un cheminement de croissance qui nous oblige à affronter nos limites et à sortir de nos zones de confort.

Deux ingrédients sont essentiels au succès de la démarche malgré ses importantes difficultés. Le premier est la fermeté de la décision initiale : la décision de voir clair dans les causes de cette jalousie. Le second est la vigilance qui permet de garder en vue l’objectif de changement (à travers les vicissitudes inévitables du cheminement).

Question : se guérir de la jalousie

Je suis très jalouse et je ne me comprends pas. Je n’ai pas de raison de m’inquiéter : je suis belle, j’ai un emploi intéressant et lucratif, mes amis m’adorent et mon ami me répète souvent qu’il m’aime. Mais il suffit qu’il parle à une autre femme pour que je devienne agressive. S’il trouve une autre femme belle, je me renferme sur moi-même. Je ne sais pas quoi faire pour que ça cesse.

Réponse

Pour résoudre un problème de jalousie, il faut avant tout comprendre que la réalité (comme les vrais sentiments de l’autre ou sa fidélité réelle) est peu importante. Ce qui compte, c’est l’interprétation que nous faisons, à partir d’indices plus ou moins clairs, ainsi que nos réactions à ces interprétations.

Autrement dit, la jalousie n’est pas un problème de relation (interpersonnel) mais une façon de réagir intérieurement (intrapersonnel). Ce que nous faisons à partir de ces réactions intérieures est, en réalité, une tentative d’utiliser notre partenaire pour contourner ou neutraliser notre conflit intérieur.

Si je suis jaloux, je vis dans la crainte de perdre une personne à laquelle je tiens beaucoup. Pour des raisons qui me sont propres, je crois que l’autre peut m’abandonner à tout moment. Rien ne parvient à me rassurer vraiment : aucun témoignage de fidélité ou d’amour ne me suffit, aucune preuve n’est assez forte pour me convaincre.

Mais au lieu d’examiner mon insécurité de base et d’y trouver des solutions, je tente de calmer mon inquiétude en me faisant rassurer par l’autre. L’expression de ma jalousie sous forme de colère, de plainte ou de retrait, n’a pas d’autre but : amener l’autre à adopter un comportement rassurant. Je poursuis un seul but : contrôler les actions de l’autre.

Évidemment, la stratégie du contrôle ne peut réussir. Même lorsque je parviens à obtenir le comportement rassurant que je réclame, mon inquiétude reste intacte. C’est bien normal : ce comportement n’a aucun effet sur les vraies causes de mon insécurité parce que l’autre n’a rien à y voir. Que ma conjointe cesse de s’amuser avec les autres et qu’elle se retienne de rire aux blagues du voisin ne me rassure pas vraiment. Qu’elle annule ses sorties avec ses amies ne fait que retarder mon prochain moment d’angoisse.

En fait, c’est lorsque le contrôle réussit le mieux qu’il est le moins efficace. Si, après plusieurs scènes intenses, ma femme cesse de réagir aux autres hommes et devient socialement asexuée, je suis doublement perdant. D’abord, je perds sa présence vivante et stimulante parce qu’elle ne peut être vivante à temps partiel. Mais je perds en plus la possibilité de résoudre mon angoisse car je n’ai plus l’occasion de distinguer quand elle augmente ou diminue. Je suis alors condamné à une inquiétude sourde et permanente qui m’empoisonne doucement sans se faire remarquer.

Dans cette façon de comprendre la jalousie, on peut déceler les éléments essentiels de la méthode pour en sortir. La recherche des vraies causes de mon insécurité est évidemment au coeur de cette solution. L’exploitation des variations dans l’intensité de ma jalousie est l’autre ingrédient fondamental. L’abandon des solutions qui misent sur le contrôle de l’autre est le troisième pilier nécessaire.

C’est en profitant des moments où ma jalousie devient plus vive que je peux le plus facilement progresser dans ma compréhension des sources de mon insécurité. Ces moments sont des occasions de ressentir plus clairement les manques que je crains et d’identifier plus directement les privilèges que je ne veux pas perdre. Il suffit que j’interroge mon expérience intérieure (au lieu de surveiller mon conjoint) chaque fois que j’éprouve le pincement particulier de la jalousie pour arriver assez rapidement à identifier ce qui m’inquiète vraiment.

À compter du moment où j’ai identifié la vraie préoccupation qui se cache derrière mes élans jaloux, la moitié du problème est réglé. Il est alors plus facile, en effet, de laisser tomber les tentatives de contrôle pour explorer la question et rechercher de nouvelles solutions. En effet, l’insécurité qui m’envahissait jusqu’alors est remplacée, en bonne partie, par une nouvelle réalité : le vrai problème que j’évitais par ma jalousie.

Dès lors, je peux m’attaquer à la recherche de solutions appropriées à mon vrai problème. La plupart du temps, ces solutions s’appuient sur une mobilisation personnelle, sur un effort positif. Au lieu d’en vouloir au rival dont le charme m’inquiète, je peux étudier ses trucs pour m’en inspirer et relever le défi. Au lieu de sommer ma conjointe de baisser les yeux pour ne pas voir les beaux hommes du voisinage, je peux me donner la peine de devenir le bel homme qu’elle prendra plaisir à regarder. En somme, il s’agit d’abord d’identifier la source de ma crainte, puis de m’appuyer sur mon envie pour identifier de nouvelles ressources personnelles à développer. Au bout de cette démarche, c’est une nouvelle version de moi-même qui m’attend : une personne dont la confiance est nettement augmentée.

Question : vivre avec un jaloux

Mon mari est terriblement jaloux. Même si je l’aime profondément et même si je lui suis totalement fidèle, il me surveille et me soupçonne constamment. Il suffit que je parle à un collègue pour qu’il me fasse une scène interminable dans laquelle il m’accuse de vouloir le tromper. J’ai beau tout faire pour être modeste dans mon habillement et dans mes façons d’agir, ça ne donne rien. Je ne sais pas combien de temps je pourrai encore subir ces crises. Est-ce que je peux faire quelque chose pour l’aider et sauver notre couple ?

Réponse

Je ne vais pas reprendre les explications de la fiche sur la jalousie et de la question précédente. Je vais m’appuyer sur elles pour examiner le point de vue de la personne dont le conjoint est jaloux.

D’abord, il faut comprendre que les témoignages d’amour et les preuves de fidélité sont inutiles. Le problème n’est pas dans la relation ; il appartient à la personne qui éprouve la jalousie. Le fait de tenter de rassurer la personne jalouse ne peut conduire qu’à de fausses solutions.

La première fausse solution qui peut nous tenter est d’exprimer notre amour en réponse aux expressions d’inquiétude de notre conjoint. Cette méthode est inefficace et même nuisible.

Elle ne réussit pas à rassurer parce qu’elle ne répond pas à la vraie question du conjoint. Ce sont ses raisons de s’inquiéter qui sont importantes et non nos sentiments réels. Il faut que ces raisons deviennent conscientes et explicites avant qu’on puisse y apporter des réponses utiles.

En plus, cette solution est nuisible parce qu’elle nous amène à l’exaspération. Nous devenons frustrés et impatients d’exprimer notre amour sans que l’autre le reçoive ou en tienne compte. Notre impuissance à nous faire entendre nous amène directement à une colère de plus en plus intense qui peut briser la relation.

La deuxième fausse solution, consiste à adopter un comportement rassurant. En ne voyant plus les autres hommes, en devenant sexuellement éteinte avec tout le monde sauf mon conjoint, je tente d’apaiser son inquiétude.

Cette méthode est peut-être encore pire que la précédente. Elle ne réussit pas davantage, mais elle a l’inconvénient supplémentaire de diminuer ma vitalité. En neutralisant mes réactions devant les autres hommes, c’est toute ma sexualité que j’éteins plus ou moins subtilement. C’est donc une partie essentielle de la vie de la relation que je neutralise ainsi, car je ne peux pas être vivante seulement “à temps partiel”, être sexuée seulement avec mon conjoint.

Comme cette solution mise sur un évitement de l’action et de l’expression, elle ne provoque pas de réactions vives chez moi ou chez l’autre. Peu à peu, imperceptiblement, la relation meurt étouffée et une distance invisible s’installe. Comble de malheur, mon conjoint se sent alors négligé (il a raison) et sa crainte de me perdre s’en trouve confirmée.

La seule solution valable, c’est de demeurer aussi vivant que je le peux, aussi ouvertement que j’en suis capable, tout en invitant l’autre à faire l’introspection nécessaire pour trouver la source de sa jalousie. Si je suis capable, en plus, d’accueillir l’expression de ses craintes et de ses réactions sans chercher à les neutraliser, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour favoriser l’épanouissement de notre relation.

En résumé, on pourrait dire que mon devoir principal, en tant que conjointe d’une personne jalouse, est de rester vivante et expressive pour fournir à l’autre de bonnes occasions d’explorer ses craintes et pour que notre relation reste un univers vivant et nourrissant. Dans la mesure de ma disponibilité réelle, je peux ajouter une attitude d’accueil et de support devant son expression.

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