Visiteur non identifié. Spherick
« La plupart des gens meurent à 30 ans puis attendent pendant 40 ans qu’on les enterre »Olivier Lockert, Core Gem
Jan
Fév
Mar
Avr
Mai
Jui
Jui
Aou
Sep
Oct
Nov
Déc
Accueil > Blog Eric > Psychomagie > Aller vers soi > Violence sexuelle, inceste et famille

Public  Violence sexuelle, inceste et famille

Extrait : caractéristiques des adultes ayant vécu une victimisation secrète dans l’enfance.

mercredi 2 août 2006, lu 931 fois

Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux
Edith Goldbeter-Merinfeld
Ed. Privat (1989)

Les symptômes caractéristiques des adultes ayant vécu une victimisation secrète au cours de leur enfance ou de leur adolescence sont les suivants :

- un style de vie autodestructeur : ce sont des personnes qui ont une opinion extrêmeent médiocre à propos d’elle-même et qui prennent souvent des décisions potentiellement autodestructrices. Elles sont constamment froissées et déçues par les autres, et sont inconscientes d’être elle-même partie prenante du processus qui fait qu’elles sont traitées comme elles le sont.

- les individus qui ont une attitude tout à fait opposée à celle citée ci-dessus, exprimant des phrases comme "j’ai le droit", "le monde me le doit" ; ils sont intègres avec eux-même souvent puritains, facilement en colère ou indignés ; ils ne perçoivent pas le rôle de leur hostilité propre dans le comportement "injuste" qu’ils reprochent à leur entourage.

- les personnes qui ont choisi, à plusieurs reprises, des partenaires abusifs.

- les gens qui souffrent d’une certaine de dépersonnalisation. Ils peuvent parfois se décrire eux-même comme "engourdis" ou comme ayant perdu le contact avec la réalité ; ils éprouvent une sorte de sentiment "gelé" lorsque d’autres sont en colère contr eux. Ils se trouvent également parmi eux des personnalités à pathologies mutltiples, des cas extrêmes de maladies liées à un stress post-traumatique. Ces derniers patients ont souvent une histoire d’abus fort grave dans leur enfance.

- Les personnes promiscues et "incapable de s’attacher" d’une façon réelle et intime : elles sont capables de vivre des unions brêves et extrêmement enchevêtrées, mais, par contre, elles ne peuvent construire des relations "complètes" ou durables.

- les gens paniquant devant les demandes de proximité et d’intimité faites par autrui.

- les individus ayant un mode de vie "solitaire" ou socialement isolé. Ils se décrivent fréquemment comme aimant être seul et n’ayant aucun intérêt à connaître les autres.

- les personnes qui affirment ne jamais être dépendantes de quiconque

- les individus qui ne peuvent accepter leur propre réussite ou ceux qui, tout en étant "capables" de réussir, ne peuvent se permettre d’en prendre les risques.

- les personnes dont la rage est explosive ; elles se montrent très strictes vis à vis d’elle-même et sont facilement offensées. Elles se mettent en colère pour la moindre raison et sont alors littéralement incapables de se contrôler.

- les gens qui prennent toujours soin des autres. Ce sont les éternels "aidants" qui se plaignent de servir aux autres ou d’être utilisés, mais qui, constamment s’arrangent pour qu’on dépende d’eux. Pour eux, dépendre d’un autre équivaut à être abusé. Ils préfèrent (inconsciemment) qu’on profite d’eux constamment plutôt que de risquer de devenir eux-même dépendant. Etre le soutien constant de quelqu’un qui en profite, leur donne au moins un sentiment de pouvoir ou de contrôle sur la situation, même si le prix en est élevé.

- les gens qui passent d’une histoire d’amour à une autre. Ils accablent l’objet de leur affection, de leur besoin de dépendance inassouvi, respectant peu les limites ou les frontières. Ils finissent ainsi par faire fuir leurs partenaires ; ils ne comprennent jamais pourquoi aucune de leurs relations amoureuses ne dure et ils en souffrent.

- les personnes qui expriment des plaintes psychosomatiques et sont enclines fréquemment aux accidents. La seule façon acceptable ou "sûre" pour elles de prendre soin de soi est de se faire mal, d’être blessée. Dans beaucoup de ces cas-ci, leurs parents ne s’occupaient d’elles qu’après avoir abusé d’elles, elles associaient donc douleur et affection.

- nous avons observé, parmi celles qui furent grièvement abusées dans leur enfance, la présence encore actuelle des états dissociatifs leur ayant permis de se protéger ou de se défendre durant l’abus. Elles se sont ensuite infligé des souffrances à elles-mêmes afin de briser ces états qui continuent à les submerger à l’âge adulte en période de stress.

- d’autres personnes qui ont été abusées souvent, peuvent se faire mal pour se soulager d’une anciété intense ou d’une peur causée par une expérience positive.

- les cliniciens devraient être particulièrement prudents lorsqu’ils sont en présence de patients ayant présenté des troubles de conduites alimentaire ou une obésité marquée. Le pourcentage de sujets souffrant de tels troubles et dont la victimisation dans l’enfance fut tenue secrète est élevé. Nous trouvons également parmi eux des femmes qui essaient de se rendre elles-mêmes a-sexuelles ou repoussantes en devenant obèses.

- les gens qui viennent en thérapie avant une future naissance ; ils ressentent de l’anxiété de devenir prochainement parents ou depuis qu’ils le sont devenus. Il y a également ceux qui consultent lorsque leurs enfants arrivent au même âge que celui auquel ils ont été abusés pour la première fois. Certains de ces patients sont conscient de ces relations entre les âges, mais ceux qui sont traumatisés le plus gravement ne comprennent pas la cause de leur anxiété.

- des adultes peuvent exposer leurs propres enfants à un abus sexuel afin de "défaire" ou de venir à bout d’une victimisation vécue dans leur propre enfance

Nombreux sont les individus ou les familles qui consultent et présentent l’un des signes énumérés ci-dessus. Nous pouvons poser sur ces cas un diagnotic d’"abus sexuel d’enfant probable". Si le nombre de personnes traumatisées sexuellement dans l’enfance ou dans l’adolescence monte au minimum à 30% dans la population tout-venant, on peut raisonnablement supposer qu’au moins 30% des patients qui consultent vont avoir vécu un tel trauma. Pour découvrir une victime cachée, il faut oser poser des questions.

Nous avons interrogé prudemment, délicatement, et nous avons à poursuivre dans cette voie encore et toujours, pour libérer ces gens de leur silence douloureux.

Mara Selvini a dit un jour : "le paradoxe apparaît lorsque la logique des relations est supprimée, c’est à dire lorsque quelqu’un est sollicité pour jouer deux ou trois rôles incompatibles à la fois." Je crois qu’un enfant est coincé dans un tel paradoxe lorsqu’il est pris au piège d’un système familial incestueux. On dit à l’enfant en même temps : "sois l’amant de ton parent ; sois un enfant ; et sois un parent pour ton parent qui n’est pas impliqué sexuellement". Le temps est accéléré et suspendu à la fois, pour lui. On le pousse dans une relation sexuelle complexe qui est bien au delà de son stade de développement. Le résultat en est l’arrêt du développement émotionnel, mais, en même temps, une fausse accélération de ce développement sous la pression de la complexité de la relation adulte dans laquelle on pousse cet enfant. Notre rôle, comme thérapeute, est de trouver cet enfant victime de l’inceste et ces adultes qui l’ont été dans leur propre enfance. Notre tâche est de les aider à se libérer de ce paradoxe du temps et de la relation.

Vous pouvez noter cet article, lu 931 fois
0 vote


Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.